Agression homophobe à Roquebrune : un Azuréen témoigne de son calvaire
Agression homophobe à Roquebrune : un Azuréen témoigne

Ce mercredi 6 mai, un Roquebrunois a été victime d'une agression homophobe alors qu'il patientait à La Poste de Carnolès. Une enquête est en cours pour identifier et interpeller l'agresseur.

Un incident banal qui tourne au drame

« Je voulais juste me renseigner sur un colis que j'avais envoyé à mon beau-frère. » Ce mercredi 6 mai, vers 16h10 à La Poste de Carnolès à Roquebrune-Cap-Martin, la scène du quotidien a basculé en quelques secondes. Dans la file d'attente, un léger accrochage entre deux clients a dégénéré. Le ton est monté avant que les insultes ne fusent et prennent un virage homophobe.

« Il m'a crié "sale p***, je vais te ni**** ta r*** tu vas voir. Sors et je t'attends" », raconte la victime, encore marquée plusieurs jours après l'incident. « J'ai à peine eu le temps de sortir mon téléphone pour le filmer qu'il s'approchait pour me frapper. » L'agresseur lui aurait ensuite porté plusieurs coups à la tête ainsi qu'à la jambe. « Depuis je n'arrive plus à rester debout très longtemps. »

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L'altercation aura été brève, mais violente pour la victime. « C'est la première fois que je vis quelque chose comme ça, je suis choqué », lâche celui qui a choisi la France, il y a dix ans, pour fuir les discriminations liées à son orientation sexuelle.

La gestion de La Poste contestée

Selon la victime, l'intervention des agents n'intervient qu'après coup, une fois que l'agresseur est « reparti avec son colis normalement ». Arrivé une vingtaine de minutes plus tard, son compagnon déplore la gestion de la situation : « Sur place, La Poste n'a pas appelé la police et nous a conseillé de ne pas le faire non plus. »

Sans répondre directement à ces accusations, la direction de La Poste affirme de son côté que « des postiers et des clients se sont immédiatement interposés lors de cette altercation entre deux clients. » La Poste a martelé sa condamnation de l'agression et conclut : « La victime a été prise en charge par la responsable de l'établissement qui lui a conseillé de porter plainte (La Poste ne pouvant le faire à sa place) et lui a assuré de l'aide de ses agents pour l'enquête de police et le recueil des témoignages. » En effet, pour le moment, deux agents de l'entreprise ont attesté avoir été témoin de la scène.

Une plainte déposée et une enquête en cours

Dans les heures qui ont suivi l'agression, le couple s'est rendu à l'hôpital pour faire constater les blessures. Une plainte pour violences volontaires en raison de l'orientation sexuelle est déposée au commissariat de Menton. Le commissaire Yannick Dupin confirme l'ouverture d'une enquête : « Les violences de manière générale, sont en hausse. Mais de ce type-là, dans le territoire mentonnais, ce n'est pas trop courant. » Il assure : « Nous allons donc prendre très au sérieux ce type de faits pour ne pas que ça se reproduise. »

Depuis, pour la victime, les répercussions ont dépassé l'incident. « Quand je sors, je regarde partout, je ne suis pas à l'aise, j'ai peur », confie-t-elle. « Je ne dors plus la nuit, je n'arrive plus à manger. »

Un phénomène sous-estimé

Pour l'accompagner dans ses démarches, le couple s'est tourné vers le centre LGBTQIA+ Côte-d'Azur. « Aujourd'hui, le droit est du côté de la communauté LGBT. L'homophobie est punie », rappelle Erwan le Hô, président du centre avant de souligner : « Pourtant, 80 à 90 % des victimes d'agression homophobes n'osent pas porter plainte par peur de représailles, de l'accueil de la police ou parce qu'elles ne sont pas encore à l'aise avec leur orientation ». « Le cas de Roquebrune est assez simple, car le caractère homophobe est prouvé. C'est souvent la chose la plus difficile à démontrer », ajoute-t-il.

Dans ce genre d'agression, l'homophobie constitue un facteur aggravant. Selon le résultat d'autopsie du médecin légiste, les peines de ce type d'agressions peuvent aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. D'après le dernier rapport de Sos Homophobie publié en 2026, 43 % des agressions physiques homophobes ont lieu sur des lieux publics en France. Plus de deux tiers de celles-ci sont perpétrés par des hommes.

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Ces dernières semaines dans les Alpes-Maritimes, une agression homophobe et sexiste a eu lieu le lundi 20 avril sur la plage des Marinières à Villefranche-sur-Mer. Erwan Le Hô explique accompagner également une affaire qui a eu lieu route de Turin, à Nice.