Pourquoi les adolescents sont-ils des proies faciles pour la propagande jihadiste ?
En quête de sens, psychologiquement fragiles, hyperconnectés et confondant parfois le virtuel avec la réalité : les adolescents, comme celui qui a agressé un enseignant à la machette lundi à Marseille, sont, selon les spécialistes, des cibles privilégiées pour la propagande jihadiste. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a déclaré mardi à l'Assemblée que le profil de l'agresseur de Marseille est très caractéristique de ces jeunes vulnérables qui se radicalisent via internet. Le procureur de Marseille a précisé que l'adolescent turc, âgé de près de 16 ans, avait revendiqué son acte au nom d'Allah et de Daech, tout en ayant de bonnes notes au lycée et en venant d'un milieu normal.
Une progression alarmante des mineurs radicalisés
Depuis 2013, les services antiterroristes constatent une forte augmentation du nombre de mineurs radicalisés en France et de ceux qui partent pour la Syrie ou l'Irak. Ils représenteraient aujourd'hui 16 % des 10 000 radicaux identifiés dans le pays, et 25 % des personnes signalées au numéro vert anti-jihad. Actuellement, 85 mineurs sont localisés en Syrie ou en Irak, contre seulement 12 fin 2014. Treize mineurs sont mis en examen dans des dossiers terroristes, dont trois en détention provisoire, et sept font l'objet d'un mandat de recherche, selon le parquet de Paris. Une source antiterroriste souligne que si certains sont endoctrinés par leur famille, beaucoup se radicalisent via internet et les réseaux sociaux. Le père d'une adolescente de 17 ans partie en Syrie a raconté que sa fille avait suivi un ami rencontré sur un site de rencontres, devenu depuis l'un des porte-parole de l'État islamique.
Des exemples locaux inquiétants
À Lunel, dans l'Hérault, une vingtaine de jeunes sont partis pour la Syrie et six y ont trouvé la mort. Un animateur sportif local a exprimé sa sidération en entendant une dizaine de garçons de 10 à 12 ans s'exclamer que ces départs étaient ceux de héros courageux. Pour le psychiatre Daniel Zagury, la catégorie de jihadistes la plus problématique comprend les adolescents en révolte, animés par une quête d'idéal sur fond de tourmente. Son confrère Serge Hefez relate l'histoire édifiante de Pauline, rattrapée de justesse à l'aéroport avant son départ pour la Syrie. L'adolescente avait posté sur internet : « Mes parents ne me comprennent pas, je suis triste et seule, mes amies sont futiles, j'aimerais tant me rendre utile et sauver le monde. »
Une quête de sens exploitée
Serge Hefez explique que Pauline a mis le doigt dans l'engrenage de rabatteurs virtuels qui, par un discours humanitaire puis amoureux, l'ont amenée à s'isoler, à adopter le niqab, à adopter une vision complotiste et paranoïaque du monde, et à transformer son foyer en champ de bataille. Le psychiatre, qui a traité une vingtaine d'adolescents radicalisés et supervise le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (gérant 5 à 600 dossiers), affirme qu'il n'existe pas de portrait type. Cependant, tous ces jeunes sont en quête de sens, souvent psychologiquement fragiles, se sentent rejetés et ont du mal à s'intégrer, ce qui en fait des proies faciles pour l'embrigadement.
Prêts à mettre leur vie en jeu
« Ces adolescents rêvent de grandeur, d'un engagement qui les sorte de leur univers mental. Ils sont prêts à mettre leur mort en jeu pour donner un sens à leur existence. Lorsqu'ils tombent sur un discours clé en main vantant un État pur qui permet de se régénérer et de sauver le monde, ils foncent tête baissée », explique Serge Hefez. Le sociologue Philippe Breton, spécialiste de la radicalisation des mineurs, abonde en soulignant que la pureté, la communauté et la violence sont les trois piliers de l'engagement de ces adolescents séduits par des sites glorifiant les « guerriers ».



