Des victimes réclament l'imprescriptibilité des crimes sexuels
Des victimes réclament l'imprescriptibilité des crimes sexuels

Lors d'une conférence de presse ce jeudi matin à Paris, le collectif citoyen Les Voix des Survivantes, composé de victimes de violences sexuelles et d'avocates, a réclamé la suppression du délai de prescription pour les crimes sexuels. Dans une tribune publiée le 25 juin 2026, les signataires estiment que « le temps n'est pas neutre : il est trop souvent l'allié du crime et l'ennemi de la victime ».

Un décalage entre le temps psychique et le temps juridique

Depuis la loi de 2018, le délai de prescription des crimes sexuels commis sur des mineurs est fixé à trente ans à compter de la majorité de la victime, et à vingt ans pour les crimes sur majeurs. Mais selon le collectif, ces avancées se heurtent à une réalité documentée : la parole des victimes émerge souvent bien après ces délais. « Les victimes dites prescrites sont innombrables », affirment-ils, dénonçant un système où « l'incapacité à parler plus tôt, produite par la violence, se retourne contre la victime ».

Les mécanismes du silence

Le collectif rappelle que le traumatisme bouleverse la mémoire, que la sidération empêche toute réaction immédiate, et que la honte, la culpabilité et la peur conduisent au silence. « Combien de femmes et d'hommes devenus adultes ont découvert, parfois à la faveur d'une thérapie, d'une naissance ou d'un deuil, qu'ils n'avaient jamais quitté les violences subies dans leur enfance ? » interrogent-ils. Lorsque la parole surgit enfin, « elle découvre souvent qu'il est déjà trop tard ».

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L'imprescriptibilité comme exigence de justice

Pour les signataires, l'imprescriptibilité ne supprimerait ni les exigences de la preuve, ni la présomption d'innocence, ni les droits de la défense. Elle signifierait qu'« aucune victime ne serait rejetée d'emblée par le seul effet du calendrier ». La tribune souligne que « la civilisation d'une société se mesure aussi à la manière dont elle reçoit, même tardivement, la vérité des plus blessés ».

Parmi les signataires figurent des avocates comme Me Anne-Claire Le Jeune et Me Carine Durrieu Diebolt, ancienne membre de la Ciivise, des personnalités comme Andrea Bescond, Bruno Solo, Guillaume Meurice, Judith Chemla, et des victimes d'affaires médiatisées (PPDA, Jean-Luc Brunel, Gérald Marie, Depardieu).

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