50 ans de luttes féministes : Libé, journal d'extrême gauche aux débats violents
50 ans de luttes féministes : Libé et les débats violents

À l'occasion des 50 ans du Mouvement de libération des femmes (MLF), un article de Libération revient sur les débuts du féminisme au sein du journal, fondé en 1973. À l'époque, Libé était un journal d'extrême gauche, et les débats sur les questions féministes étaient particulièrement violents, selon l'historienne Bibia Pavard.

Un climat de tensions idéologiques

Dans les années 1970, Libération était un lieu de confrontation entre différentes mouvances de la gauche radicale. Les féministes devaient lutter pour faire entendre leur voix, notamment face à des militants masculins qui considéraient souvent ces luttes comme secondaires. « Les débats étaient très violents, avec des accusations de trahison de la classe ouvrière », explique Bibia Pavard, spécialiste de l'histoire du féminisme.

Le journal, bien que proche des idées du MLF, n'était pas unanime sur la place à accorder aux questions de genre. Certains journalistes estimaient que la lutte des classes primait sur tout, tandis que d'autres, souvent des femmes, poussaient pour une couverture plus large des revendications féministes.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des avancées malgré les tensions

Malgré ce climat, Libération a joué un rôle clé dans la diffusion des idées féministes. En 1974, le journal publie un manifeste pour l'avortement libre, signé par 343 femmes, dont des journalistes de la rédaction. Cet événement marque un tournant, même si les résistances persistent en interne. Selon les archives, le nombre d'articles consacrés aux droits des femmes a considérablement augmenté entre 1973 et 1975, passant de 2 % à 15 % du contenu éditorial.

Les militantes du MLF organisaient des réunions dans les locaux du journal, mais devaient souvent faire face à des remarques sexistes. « Certains collègues nous disaient que notre place était dans la rue, pas dans les colonnes du journal », raconte une ancienne journaliste ayant souhaité rester anonyme.

Un héritage contrasté

Cinquante ans plus tard, Libération a évolué, mais les tensions entre féminisme et gauche radicale restent un sujet sensible. L'article souligne que si le journal a contribué à faire avancer la cause des femmes, il a aussi été le reflet des contradictions de son époque. « Aujourd'hui, le féminisme est devenu une priorité éditoriale, mais il a fallu des décennies de luttes internes pour en arriver là », conclut Bibia Pavard.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale