Ikas-Bi fête 40 ans de combat pour le basque à l'école publique
40 ans d'Ikas-Bi pour le basque à l'école publique

Quarante ans de combat pour le basque à l'école publique

En quatre décennies d'engagement, l'association Ikas-Bi, fondée par Thierry Delobel, a profondément marqué le paysage éducatif du Pays basque. Son action a permis d'ancrer durablement l'apprentissage de l'euskara dans l'enseignement public, au point que son nom est entré dans le langage courant. "Le mien est en Ikas-Bi" est désormais une expression familière parmi les parents, signe d'une victoire symbolique majeure pour cette structure qui fête ses 40 ans ce dimanche 26 avril à Saint-Jean-de-Luz.

Les débuts d'une révolution éducative

L'histoire commence véritablement en 1983 avec la création de la première section bilingue officielle de l'Éducation nationale à l'école de Sare. "Cet enseignement bilingue existait déjà dans de nombreuses écoles publiques, mais il n'était pas officiel", rappelle Thierry Delobel, président-fondateur de l'association. Trois ans plus tard, en 1986, une poignée de parents et d'enseignants lance Ikas-Bi à Saint-Jean-de-Luz avec une ambition claire : ne pas avoir à choisir entre l'euskara et l'école publique.

Le mouvement connaît rapidement un succès impressionnant :

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  • Des filières bilingues voient le jour dans une douzaine de communes
  • L'association crée le premier centre de vacances à Ascarat en 1991
  • Les premiers manuels scolaires en basque sont édités dès 1992

Obstacles et victoires administratives

Le parcours n'a pourtant pas été linéaire. Les premiers élèves scolarisés en bilingue au primaire rencontrent un premier obstacle majeur au collège : "Ils passent l'épreuve d'histoire-géographie du brevet en basque. Ils sont notés zéro", se souvient Thierry Delobel. S'ensuit une véritable guérilla administrative qui mènera jusqu'au Conseil d'État.

Le ministre de l'Éducation nationale de l'époque, François Bayrou, avait même qualifié l'association de "bidon" publiquement. Mais le 23 juin 1994, un arrêté ministériel historique met fin à l'interdiction du basque aux examens. Une victoire importante, même si Ikas-Bi sera privée d'aides départementales durant deux ans.

Résistances institutionnelles et adaptations

Les obstacles se multiplient :

  1. En 1997, un inspecteur publie un document intitulé "Cinq raisons de s'opposer au développement du bilinguisme en langue régionale à l'école publique"
  2. La création de l'Office public de la langue basque en 2005 redistribue les subventions, faisant fondre le budget d'Ikas-Bi de 300 000 euros
  3. L'association doit fermer son centre d'Ascarat et arrêter la publication de son magazine "Nanai"

Pourtant, l'association poursuit son combat. En 2006, elle franchit un nouveau cap avec l'ouverture des premières classes de "basque renforcé" à Ascain et Saint-Jean-Pied-de-Port, une immersion qui ne dit pas encore son nom.

Reconnaissance officielle et nouveaux défis

L'année 2013 marque un tournant décisif avec la loi pour la refondation de l'école de Vincent Peillon qui reconnaît officiellement l'existence de l'enseignement bilingue. "L'occasion de souligner que les grandes avancées, jusque dans ces années-là, ont été faites sous des gouvernements socialistes", note Thierry Delobel.

Mais les défis persistent :

  • L'arrivée de Jean-Michel Blanquer au ministère de l'Éducation nationale complique le recrutement des enseignants
  • En 2020, la rectrice refuse l'ouverture d'une 20e classe immersive à Saint-Pierre-d'Irube
  • Une mobilisation populaire massive est nécessaire pour obtenir gain de cause

Le combat porte finalement ses fruits. En décembre 2021, une circulaire émanant de l'Éducation nationale marque la reconnaissance officielle des langues régionales. "Notre enseignement était devenu intouchable", affirme désormais Thierry Delobel, qui annonce cependant passer la main après 40 ans de présidence.

Un bilan impressionnant

Aujourd'hui, le bilinguisme basque-français à l'école publique au Pays basque concerne :

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  • 112 établissements scolaires (90 écoles, 16 collèges, 6 lycées)
  • 35 écoles avec une filière immersive
  • 6 000 élèves dans le premier degré (un tiers des effectifs scolarisés)
  • 66% des établissements du premier degré proposent un enseignement bilingue

Pour célébrer ces quatre décennies de combat, Ikas-Bi organise ce dimanche 26 avril au parc Ducontenia de Saint-Jean-de-Luz une fête anniversaire ouverte à tous, avec animations, spectacles et restauration traditionnelle basque. Un événement qui symbolise l'ancrage profond de cette association dans le territoire et dans les esprits.