Renaud Muselier quitte la présidence de la Région PACA pour le Sénat, la droite sudiste en recomposition
Muselier quitte la Région PACA pour le Sénat, la droite sudiste en recomposition

Renaud Muselier tourne la page de la Région PACA pour le Sénat

La surprise initiale est désormais dissipée. Ce vendredi matin, dans l'hémicycle du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur à Marseille, les élus écoutent Renaud Muselier avec une certaine retenue, mêlée d'interrogations et de doutes persistants. « On a un peu le sentiment d'avoir été abandonnés au moment où on s'y attendait le moins », confie discrètement un élu du Vaucluse. Le président de l'institution, issu de Renaissance, prend la parole pour justifier sa décision soudaine de quitter ses fonctions et de se lancer dans la bataille des sénatoriales prévues le 24 septembre. Il part avec l'assurance de figurer en tête d'une liste soutenue par de nombreux maires des Bouches-du-Rhône, tournant ainsi une page marseillaise pour rejoindre Paris, avec le sentiment d'avoir « accompli son devoir ».

Un départ qui laisse un vide politique

« Pour un guerrier comme lui, c'est décevant de le voir s'éclipser ainsi », se désole un conseiller régional de la majorité, qui ne voit face à elle qu'un Rassemblement national en croissance continue. « Il boucle une longue boucle politique, après avoir été député, ministre et député européen, en allant au Sénat », philosophe l'un de ses vice-présidents. « C'est un peu une retraite. Même s'il reste conseiller régional et qu'on connaît son énergie, il va laisser un vide politique. Parce que personne ne semble en mesure de mener le combat à sa façon. »

L'amertume des défaites électorales à Nice et Marseille

Le choix de Renaud Muselier de quitter une présidence qu'il exerce depuis 2018, après avoir été le second de Christian Estrosi pendant près de trois ans, suscite d'abord de l'incrédulité. Lors des dernières municipales, engagé dans le combat contre les extrêmes, en seconde ligne derrière la candidate de droite à Marseille, Martine Vassal, et son ami Christian Estrosi à Nice, le président de la Région avait pourtant tenté de voir le verre à moitié plein après le second tour. « Les maires de notre majorité ont bien résisté », se satisfaisait-il, ne relevant que de « rares victoires » du Rassemblement national et un « raz-de-marée qui n'a pas eu lieu ».

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Ses partisans, au sein d'une majorité composée d'une douzaine de formations politiques du centre droit, y voyaient un signe de continuité en vue de l'échéance électorale régionale de 2028, où se profile une nouvelle confrontation face au RN et ses alliés. Cependant, la conquête de Nice par Éric Ciotti et ses alliés a radicalement changé la donne. « La perte de Nice est un coup majeur », analyse un élu centriste. « Ajoutée à l'échec énorme à Marseille et au fait qu'à Toulon, la vainqueur n'est pas celle qu'il soutenait vraiment, cela fait beaucoup pour Renaud. Il a fait le constat que la Région est perdue. Il ne va pas attendre que Ciotti vienne le cueillir en 2028 et sauve les meubles en se retirant au Sénat. »

Une majorité qui se lézarde face aux recompositions

L'amertume est palpable dans des rangs qui se fissurent. Alors que la droite provençale et azuréenne dissimule de moins en moins ses envies de jouer l'union avec les amis d'Éric Ciotti et ceux de David Lisnard, maire de Cannes parti de LR pour se lancer vers la présidentielle en tendant la main à son voisin niçois, la dislocation menace sérieusement. C'est l'une des raisons qui poussent Renaud Muselier vers Paris. À ses proches et aux militants de son microparti, l'ancien chiraquien justifie son coup de théâtre par son désir de « se battre sur le bon champ de bataille ». « Viscéralement gaulliste, je sais que Munich se joue d'abord dans les esprits », écrit-il à ses partisans, dans une référence alarmiste à 1938 et la montée du nazisme. Il estime que la résignation de la défaite aurait déjà gagné le centre et la droite, et que c'est donc au Parlement que se jouera la partie face au Rassemblement national et ses alliés, notamment lors de la présidentielle de 2027.

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« Le combat se situe au national », insiste-t-il. « Au Sénat, j'entends mener le combat pour la stabilité de notre organisation territoriale face à ceux qui veulent détricoter la France et la République. » Reste à savoir dans quelle mesure il pourra peser depuis les sièges veloutés du palais du Luxembourg. « Le groupe centriste, c'est 19 élus et il ne pèse presque rien », cingle un parlementaire LR de la Région. « Je ne vois pas comment il pourrait y arriver, à moins de faire un plan sur la comète, de se rapprocher d'Édouard Philippe en espérant un portefeuille ministériel. »

La lassitude d'un homme de 66 ans ?

Un de ses proches à Marseille avance une autre explication, se remémorant une phrase prononcée dans la semaine : « La vie politique n'est plus ce qu'elle était. Le militantisme d'avant est fini. » Il pourrait y avoir de la lassitude chez cet homme de 66 ans qui a obtenu le Graal d'un exécutif chez lui, même s'il n'a pu conquérir la mairie de Marseille tant convoitée. « On le surprend parfois à regarder ses photos de famille, ses petits-enfants », souffle un collaborateur. « Il part avec le sentiment du devoir accompli à la Région et passe le relais. »

La succession et les défis de la droite sudiste

Une succession qu'il souhaite confier à son ami varois et proche conseiller François de Canson, vice-président chargé du développement économique et du tourisme. Cependant, à la Région, certains élus préféreraient « une rupture, un renouvellement » et pensent plutôt à David Gehant, jeune maire de Forcalquier, « dont on est certain qu'il ne dépassera pas la ligne rouge vers le RN et l'UDR, et cherchera à reconstruire ». En filigrane, se dessine la mutation du paysage politique dans un Sud où la dynamique est clairement à l'extrême droite.

« Les mois qui viennent s'annoncent bouillants », glisse un membre de la majorité. « La question n'est pas de savoir qui va succéder à Renaud après les sénatoriales, mais qui portera le drapeau d'une droite en pleine recomposition face aux partisans d'Éric Ciotti et Franck Allisio, et face à une gauche qui ne se désistera plus. » Par deux fois, en 2015 et en 2021, la droite a laissé le champ libre dans l'entre-deux tours pour contrer Marion Maréchal, puis Thierry Mariani face au duo Estrosi-Muselier. Elle estime cette fois qu'elle aura « un coup à jouer » et pourra se compter, à l'image de la candidate de l'union de la gauche aux municipales à Nice.

Renaud Muselier observera cette recomposition depuis les jardins du Luxembourg, tout en tirant quelques ficelles en coulisses. « Il est capable de revenir tellement ça le démangera. Avec lui, on ne sait jamais », s'exclame un élu. Mais pour l'heure, personne n'y croit vraiment, marquant la fin d'une ère pour la droite régionale en Provence-Alpes-Côte d'Azur.