Érosion côtière en Nouvelle-Aquitaine : une étude confirme l'efficacité des travaux de stabilisation
L'Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine vient de publier les résultats d'une étude approfondie sur l'évolution sédimentaire des Gaillouneys, secteur situé entre la dune du Pilat et la plage du Petit Nice, à La Teste-de-Buch. Cette analyse, réalisée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), évalue l'impact des travaux de lutte active souple engagés par l'Office national des forêts (ONF) depuis 2016 pour contrer l'érosion de cette zone côtière particulièrement vulnérable.
Une situation critique nécessitant une intervention urgente
En 2016, la situation était alarmante : la dune des Gaillouneys n'était plus qu'à 43 mètres de la route de Biscarrosse, un axe de circulation essentiel pour la région. Cette distance représentait une réduction spectaculaire par rapport aux plus de 200 mètres qui séparaient autrefois la dune de cette infrastructure. Face à cette avancée rapide du sable, l'ONF a mis en œuvre des techniques innovantes de stabilisation dunaire sur plus de six hectares.
Les travaux consistaient en plusieurs actions coordonnées :
- Écrêtage des sommets des dunes pour réduire leur hauteur
- Recouvrement des caoudeyres (dépressions circulaires formées par le vent) avec des branchages pour capter et retenir le sable
- Plantation d'oyats, ces plantes caractéristiques des dunes, pour stabiliser durablement le sable
Dès le début du chantier, François Bonnet, alors directeur régional de l'ONF, avait tempéré les attentes en rappelant que « la nature est bien plus forte que l'action de l'Homme ». L'objectif n'était pas d'arrêter définitivement l'érosion, phénomène naturel amplifié par la montée du niveau de l'océan, mais bien de ralentir le processus et gagner du temps face à cette dynamique inéluctable.
Des résultats encourageants après près d'une décennie
L'étude du BRGM, publiée quelques jours seulement, apporte des conclusions positives sur l'efficacité de ces interventions. Le rapport indique clairement que « les actions de lutte active souple, réalisées par l'ONF entre 2016 et 2018, ont joué un rôle efficace dans la réduction de la mobilité dunaire » au niveau des trois caoudeyres concernées par les travaux.
Les chercheurs observent une réduction drastique du déplacement du revers interne de la dune vers la terre, avec des effets notables dès 2016 pour les caoudeyres nord et centrale, et à partir de 2018 pour la caoudeyre sud. Cette stabilisation est d'autant plus remarquable qu'elle a résisté à deux hivers particulièrement venteux (2019-2020 et 2023-2024), démontrant la robustesse des aménagements réalisés.
Des zones de vigilance persistent
Malgré ces résultats encourageants, l'étude met en lumière certaines limites. Une mobilité importante du sable continue de s'observer aux extrémités nord et sud des Gaillouneys, zones laissées sans travaux spécifiques. Le rapport précise que « l'action stabilisatrice des travaux dunaires réalisés par l'ONF permet tout de même des transferts de sable depuis la partie avant de la dune vers la pente arrière », soulignant que si la migration est très réduite, elle n'est pas totalement absente.
Face à ces observations, le BRGM formule plusieurs recommandations pour l'avenir :
- Poursuivre le suivi régulier de l'évolution sédimentaire de la zone
- Intervenir à nouveau sur la dune si nécessaire pour maintenir la stabilisation
- Veiller à la persistance du couvert végétal, essentiel pour fixer le sable
- Sensibiliser le public aux impacts du piétinement sur la végétation dunaire
Ce dernier point est particulièrement crucial, car comme le souligne l'étude, le piétinement des usagers peut détruire localement la végétation le long des chemins d'accès, initiant ainsi le développement de zones à forte mobilité sédimentaire qui peuvent s'étendre aux zones adjacentes.
Cette étude constitue donc un bilan précieux des actions menées depuis 2016, démontrant que des techniques douces de stabilisation peuvent effectivement ralentir l'érosion côtière, même si elles ne peuvent l'arrêter complètement. Elle offre également des pistes concrètes pour améliorer la gestion future de ce patrimoine naturel fragile face aux défis du changement climatique.



