Nouvelle-Aquitaine : la filière piscicole en pleine croissance malgré la polémique Pure Salmon
Aquaculture en Nouvelle-Aquitaine : croissance et polémique Pure Salmon

Nouvelle-Aquitaine : une filière piscicole dynamique face aux défis sociétaux

Première région piscicole de France, la Nouvelle-Aquitaine affiche des ambitions claires pour développer cette filière stratégique. Avec 155 entreprises générant un chiffre d'affaires annuel de 230 millions d'euros, la région se positionne comme un acteur majeur de l'aquaculture nationale. Deux spécialités dominent particulièrement : la truite, qui représente un tiers de la production française, et le caviar avec l'indication géographique protégée "Caviar d'Aquitaine", dont la région assure la quasi-totalité de la production nationale avec 44 tonnes.

Un paradoxe français à résoudre

Malgré cette position dominante, la France importe encore 80% des produits aquatiques qu'elle consomme, avec une moyenne de 34 kilos par habitant. La production nationale ne couvre que 25% des besoins des Français, un chiffre qui interpelle d'autant plus que la production est passée de 50 000 à 35 000 tonnes en vingt-cinq ans, comme l'a rappelé le préfet Étienne Guyot lors du second comité régional de la filière piscicole.

Ce comité, qui s'est réuni le 22 avril, rassemble toutes les parties prenantes : professionnels du secteur, l'agence de l'eau, la Région pour les aides financières (environ un million d'euros par an) et l'État. Son objectif est clair : structurer, accompagner et dynamiser l'aquaculture régionale, une filière au carrefour de nombreux enjeux sociétaux comme le dérèglement climatique, la souveraineté alimentaire, la qualité des produits et la formation professionnelle.

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L'épineux dossier Pure Salmon

Cette dynamique positive se heurte cependant à un dossier devenu particulièrement polémique : le projet de ferme-usine Pure Salmon au Verdon-sur-Mer, dans le Médoc. Ce projet ambitieux prévoit la production de 10 000 tonnes de saumon par an et la création de 250 emplois directs, mais il suscite de vives oppositions.

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a déclaré s'opposer "à titre personnel" au projet lors d'une audition au Sénat la semaine dernière. Cette prise de position constitue un revers significatif pour le porteur de projet, qui développe un programme identique au Japon, tout en renforçant les arguments des opposants.

Vingt-sept organisations non gouvernementales dénoncent le caractère "complètement démesuré" du projet, tandis qu'une centaine de députés préparent une proposition de loi réclamant un moratoire de dix ans sur les fermes-usines de saumons. Malgré ces oppositions, le projet a déjà reçu un avis favorable de la commission d'enquête publique.

Une procédure rigoureuse et des positions prudentes

Le préfet de région s'est gardé de commenter les déclarations de la ministre, rappelant son rôle de garant du strict respect de la procédure : "J'agis en droit". La prochaine étape cruciale, prévue dans plusieurs mois, sera l'avis du Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). La décision finale devra ensuite être prise à une échelle interministérielle, cette usine se trouvant au carrefour des compétences des ministères de la Transition écologique, de l'Agriculture et de la Mer.

Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, adopte une position extrêmement prudente sur ce dossier sensible. Il rappelle l'importance accordée par la collectivité à la question du bien-être animal et maintient une ligne constante depuis les premières approches : "La Région n'interviendra pas financièrement" dans ce projet.

Cette position reflète les tensions entre développement économique et préoccupations environnementales qui traversent aujourd'hui la filière piscicole, alors même que la Nouvelle-Aquitaine cherche à renforcer sa position de leader national dans ce secteur stratégique pour la souveraineté alimentaire française.

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