Une révolution économique et écologique dans les ports
Le bioéthanol pour bateau, disponible à Palavas (Hérault) et Marseille, arrive bientôt à Port-Camargue (Gard). Ce carburant, moins cher et décarboné, connaît un développement logique lié à la crise du pétrole. Olivier Rasse, chef d'entreprise, témoigne : « Là, j’aurais dû faire un plein à 225 euros et je paye 79 €, soit une économie de 146 €… Comme on dit, les enfants y’a pas photo ! » Il vient de faire le plein de son bateau de 150 chevaux après avoir navigué depuis Aigues-Mortes.
Un carburant vert et accessible
Le bioéthanol est composé à 85 % de résidus de culture de betteraves ou de marc de raisin, le reste étant de l’essence classique. Sur le marché automobile, 400 000 conducteurs roulent au Superéthanol E85 en France, mais cette alternative peinait à percer dans la plaisance. Palavas est le premier port d’Europe à l’avoir mis en place, il y a trois ans. Marseille vieux-port a suivi, et Port-Camargue aura une pompe dédiée dès septembre.
Des bénéfices environnementaux significatifs
Candice Gravil, gestionnaire de la réserve marine de Palavas, souligne : « Nous faisons quatre sorties par mois, notamment pour des suivis scientifiques du grand dauphin, soit un plein et demi. Le bénéfice carburant est très important, on a réduit le budget essence par deux. Et ça nous permet de faire attention à notre écosystème avec ce carburant décarboné. » Une étude de l’UVPO (union des villes portuaires d’Occitanie) montre que 94 % des émissions d’un port sont issues des énergies fossiles, dont 90 % proviennent des moteurs essence des bateaux ou des jet-skis.
La société de location de scooters des mers Jet7, basée à Palavas et Villeneuve-lès-Maguelone, équipe huit de ses 22 engins au bioéthanol. Jessie, monitrice, annonce : « Un jet-ski émet du CO2, avec le bioéthanol, on va pouvoir baisser les émissions à hauteur de 30 % et on peut viser 50 % de réduction. Toute la flotte va y passer. »
Quelques inconvénients à considérer
La consommation est plus importante de 10 à 15 %. Il y a encore trop peu de stations-service dans les ports. Certains professionnels doutent de l’impact sur les moteurs, mais cela n’est pas étayé. Le maire de Palavas, Christian Jeanjean, se dit ravi : « Tout le monde me dit que ça marche bien, je suis ravi de cet aménagement et on en rêve de ce prix extraordinaire de l’essence. »
Alexis Landrieu, créateur de Biomotors à Vendargues (Hérault), conçoit et fabrique des systèmes de conversion au bioéthanol. « On s’attaque au marché du nautisme avec un boîtier spécifique, la gamme Biomarine », explique-t-il. Le boîtier coûte un peu plus de 700 €, rapidement amorti au prix actuel de l’essence. Il répond aux réserves : « C’est surtout de la méconnaissance, comme on l’a connu il y a 15 ans pour les voitures. Les constructeurs sont souvent asiatiques ou américains et ne connaissent pas ce carburant spécifique au marché français. »
Un avenir prometteur
À la pompe voisine, un propriétaire de voilier regrette de ne pas pouvoir utiliser le bioéthanol car son bateau fonctionne au gasoil. Mais pour les autres, cette alternative a de beaux jours devant elle. Alexis Landrieu certifie : « À l’horizon 2050, il n’y aura pas le choix. » Cyril Pagel-Grechi, directeur du port de Palavas, constate : « En 2025, nous avons observé une baisse de 15 % en volume total de la consommation d’essence à Palavas. Avec son prix plus de deux fois moins cher et sa contribution à la décarbonation, c’est vraiment la solution. »



