Hausse des homicides en France : près de 1000 meurtres par an
Hausse des homicides : la France frôle les 1000 meurtres

Si l'on s'entretue moins que dans la France des années 1990, le nombre de meurtres remonte jusqu'à la barre symbolique du millier de morts. Plus impulsives encore, les tentatives d'homicide ont tout bonnement doublé en dix ans. Depuis une grosse décennie, l'Hexagone flirte à nouveau avec la barre annuelle des mille morts violentes, réplique d'un monde que l'on pensait englouti avec la fin du XXe siècle. L'an dernier, 982 homicides ont été recensés, et déjà 275 au terme du premier trimestre, tandis que les tentatives ont doublé en l'espace de quelques saisons.

Un crime impulsif et de proximité

Mi-mars, sur le palier d'un petit appartement du village de Monsempron-Libos (Lot-et-Garonne), un jeune homme de 21 ans s'est ajouté à la longue liste des 4 501 victimes ayant échappé au pire en 2025. Sur fond de rivalité amoureuse, treize coups de couteau portés au torse et à l'aine pour un mobile d'une futilité devenue presque aussi banale que confondante. Interpellés après deux jours de cavale par les policiers de la Brigade anticriminalité de Rouen, les deux suspects ont vu le juge d'instruction alourdir leur mise en cause par le soupçon de préméditation.

Ainsi semble aller crescendo la petite chronique du crime désorganisé. Triste litanie d'agressions perpétrées dans l'ombre médiatique des règlements de comptes liés aux stupéfiants, ceux-ci ne représentant « que » 10 % des victimes. Selon un rapport du renseignement criminel, le Sirasco, remis la semaine passée au ministre de l'Intérieur, un peu plus d'une centaine de « narchomicides » a été recensée l'an dernier, dont 17 à Marseille.

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Impulsivité croissante

Loin du fracas des armes automatiques, comptez autant de féminicides, et bien plus d'agressions gratuites ou d'attaques de rue menant à la mort sans forcément avoir eu l'intention de la donner. Les 217 000 cas de violences physiques enregistrés – hors cadre familial – par les policiers et les gendarmes sont un marqueur éloquent, témoin de rixes souvent misérables, pour une poignée d'euros, de shit ou de testostérone mal placée.

Bien sûr, la France n'est pas le Mexique où l'on tue en moyenne 90 fois par jour, ni la France du début des années 1990 dans laquelle 1 400 personnes perdaient la vie chaque année. Mais la tendance inquiète d'autant plus que les passages à l'acte tous azimuts paraissent encouragés par une impulsivité croissante. Reprochant aux autorités d'avoir trop longtemps mis la poussière sous le tapis, Alain Bauer insiste sur le fait que les tentatives de meurtre (+100 % depuis 2016) ne sont que « des meurtres ratés ». Théoricien de ce concept parfois controversé d'homicidité, le criminologue se défend pourtant de dramatiser la situation, quand bien même nous risquerions désormais davantage d'être victimes de ce genre de méfaits que de mourir sur la route.

Petits meurtres entre amis

« La réalité agace toujours lorsque l'on cherche à la minorer pour des motifs plus politiques que scientifiques. D'ailleurs, les statisticiens du ministère de l'Intérieur ont fini par l'accepter. L'homicidité, c'est-à-dire la volonté de tuer, est un élément éclairant sur l'état de violence d'une société, or elle augmente de manière considérable pour la première fois depuis un demi-siècle », explique Alain Bauer. Partisan d'un relativisme plus historique, le sociologue Laurent Mucchielli lui répond que l'on s'entretue tout de même « 40 à 50 fois moins qu'au Moyen Âge », jurant observer une pacification sans précédent des mœurs occidentales. Dixième pays européen en la matière, la France fait un peu moins bien que la moyenne continentale, loin derrière les funestes pays baltes et la Moldavie.

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Le crime de sang reste une affaire d'hommes, les meurtrières ne représentant que 15 % des accusés. Tous mobiles confondus, meurtres ou assassinats se jouent la plupart du temps à domicile. Parfois celui du voisin. Selon les sources croisées de l'Insee et du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), dans près de huit cas sur dix, la victime connaissait son meurtrier. Quand il n'est pas directement le conjoint, 30 % des meurtres ont lieu dans le cadre intrafamilial où, le temps ne fait rien à l'affaire, les trois quarts des martyrs restent des femmes. Crimes dits de proximité d'où s'échappent souvent des vapeurs d'alcool, Laurent Mucchielli notant leur recrudescence le week-end.

Des armes de fortune

Qu'importe l'impression prégnante selon laquelle les Français se dézingueraient au fusil d'assaut, le choix des armes ne varie guère. Couteaux et autres lames arrivent largement en tête des pièces à conviction (dans un tiers des cas), devant les armes à feu (environ 130 homicides par an) où la kalachnikov passe bien après le fusil de chasse. « Souvent, le meurtrier se contente de ce qu'il a sous la main, une chaise, une bouteille, un marteau », explique Laurent Mucchielli. Pieds et poings déliés suffisent même deux fois sur dix à tuer.

Un quart des règlements de comptes élucidés impliquent des tueurs de moins de 20 ans. Parmi ce millier de morts, il est vain de vouloir brosser le profil en un seul portrait-robot. On risque dix fois moins sa peau en métropole qu'à la Guadeloupe, moins à Marseille qu'en Corse, où le taux d'homicide reste six fois plus important qu'en Sicile.

Le narcotrafic en essor

Si le business de drogue n'est pas le plus gros pourvoyeur de nécrologies, sa part grandissante sur le monument aux morts violentes ne doit pas être sous-estimée. Ce mardi, à Périgueux, dans l'anonymat quasi général, a eu lieu la reconstitution d'un meurtre au couteau dont le procès de l'auteur présumé – déjà connu pour trafic de cocaïne – ne fera sans doute pas les gros titres. Longtemps réservée à quelques caïds du milieu, la pratique du règlement de comptes se répand à mesure que le marché des stupéfiants tisse sa toile à travers le pays, comme une traînée de poudre, s'inquiète l'un des anciens patrons de l'Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) aujourd'hui en poste dans le sud de la France. « Plus les bénéfices du trafic augmentent, plus nous constatons son émiettement violent vers des régions calmes. Traditionnellement, il fallait un vrai contentieux pour passer à l'acte. Désormais, nous voyons que même pour des petits enjeux la lutte devient féroce, avec des tentatives de meurtres perpétrées en pleine journée, sur la voie publique. » D'après une note du Sirasco, un quart au moins des règlements de comptes élucidés impliquent un tueur âgé de moins de vingt ans.