Alpes-Maritimes : les policiers alertent sur un service à bout de souffle
Alpes-Maritimes : policiers alertent sur service à bout de souffle

Le syndicat Alliance Police nationale alerte sur une situation qu'il juge désormais « critique » dans les Alpes-Maritimes. À la veille d'une mobilisation intersyndicale à Bercy, son représentant local dénonce une police confrontée à un manque chronique d'effectifs et à des conditions de travail dégradées.

Une mobilisation intersyndicale à Bercy

Ce mardi 30 juin 2026, une intersyndicale réunissant notamment Alliance Police nationale, Unité SGP Police, UNSA Police, Synergie et le SNIPAT manifestera à Paris devant le ministère de l'Économie et des Finances. Elle réclame des réponses sur les moyens humains et matériels alloués aux forces de l'ordre. Dans les Alpes-Maritimes, le syndicat Alliance Police nationale alerte sur une dégradation des conditions de travail et un manque d'effectifs qu'il juge préoccupant. Julien Hausknecht, secrétaire départemental, détaille les revendications.

Pourquoi cette mobilisation ?

« Cela fait deux ans que nous alertons sur le manque de moyens de la police nationale. Sans budget, pas de matériel, pas d'effectifs suffisants, et des conditions de travail dégradées. Nous avons déjà mené plusieurs actions, notamment devant l'Assemblée nationale et lors de mobilisations partout en France comme à Nice le 31 janvier dernier. Nous allons à Bercy car c'est là que les décisions se prennent. On ne peut pas parler de sécurité sans lui donner les moyens nécessaires », explique Julien Hausknecht.

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Une situation critique

« Les policiers sont à saturation. Dans les Alpes-Maritimes, les mêmes effectifs assurent l'ensemble des missions : lutte contre le narcotrafic, enquêtes, services d'ordre, grands événements comme le Festival de Cannes ou déplacements officiels. On leur demande toujours plus avec moins de moyens. L'intervention récente à Cannes, samedi 27 juin en soirée, où deux collègues ont été percutés et où l'un a dû faire usage de son arme, illustre cette tension », ajoute-t-il.

Un déficit d'effectifs de 250 policiers

Le déficit est estimé à environ 250 policiers dans le département. « Lorsque le ministre Laurent Nunez a annoncé l'arrivée de 30 renforts, il a oublié de préciser que, dans le même temps, 19 policiers quittaient les Alpes-Maritimes. Au final, le gain réel est de seulement 11 agents. Ce n'est absolument pas à la hauteur des besoins », dénonce le syndicaliste.

Réserve civile et policiers adjoints : des compléments insuffisants

« Nous ne sommes pas opposés à ces dispositifs. La réserve civile est utile et les policiers adjoints sont engagés. Mais ils doivent venir en complément, pas remplacer des policiers. Ce n'est pas la même formation, pas la même expérience, pas les mêmes missions. Ce qu'il manque aujourd'hui, ce sont des enquêteurs, des policiers expérimentés capables de traiter les dossiers judiciaires. On ne peut pas remplacer un professionnel par plusieurs personnels contractuels », insiste Julien Hausknecht.

Des priorités budgétaires contestées

« Nous avons appris qu'une revalorisation des primes des hauts fonctionnaires était envisagée, avec des montants pouvant atteindre 1 350 euros par mois. Nous ne contestons pas leur rémunération. Mais annoncer cela alors que les policiers réclament simplement des effectifs supplémentaires et des moyens matériels est très mal perçu. Cette somme représente quasiment le salaire d'un agent administratif. Le signal envoyé est incompréhensible », critique-t-il.

Des conditions de travail indignes

« Elles sont devenues indignes. Dans certains commissariats dans le département, obtenir quelques bouteilles d'eau ou des ventilateurs relève du parcours du combattant. Les installations électriques sont vieillissantes, les bâtiments ne sont plus adaptés. On nous demande d'accueillir victimes, plaignants, mineurs, avocats ou personnes mises en cause dans des locaux qui ne répondent plus aux besoins. Nous attendons l'ouverture du futur hôtel de police de Nice, mais en attendant, on nous demande de faire avec des infrastructures à bout de souffle », déplore le secrétaire départemental.

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Un lourd impact humain

« Humainement, c'est très lourd. Les collègues sont épuisés. Depuis deux ans, six policiers se sont suicidés dans les Alpes-Maritimes. Beaucoup ont le sentiment de ne plus pouvoir exercer correctement leur métier. Tout est devenu prioritaire : le narcotrafic, les mineurs, les événements internationaux, les missions de sécurité publique… Mais les moyens, eux, n'augmentent pas. On finit par perdre le sens de notre engagement », confie Julien Hausknecht.

Un message au gouvernement

« La sécurité ne peut pas être seulement un slogan de campagne. À chaque élection, on promet davantage de sécurité, mais derrière il faut des moyens. Nous avons le sentiment que l'État se désengage progressivement et reporte de plus en plus la charge sur les collectivités, via les polices municipales ou les dispositifs de vidéoprotection. La coupe est pleine. Nous continuerons à nous mobiliser tant que nous ne serons pas entendus », conclut-il.