C'est un incontournable de la vie politique depuis l'ère Kennedy, qu'on le regrette ou non : pour postuler à l'élection présidentielle, il faut avoir fait la clarté sur sa vie privée, ouvrir en grand les portes de sa chambre à coucher. Persiste, dans notre imaginaire collectif, cet impensé monarchique qui veut que l'on porte à l'Élysée non une personnalité, mais un couple, d'autant plus que des fonds publics sont alloués à la « première dame ». Et un jour au « premier monsieur » ?
Depuis les mensonges de François Mitterrand sur sa vie familiale et sa santé, les petits arrangements avec la vérité ne sont plus tolérés. Rappelons qu'un président, Félix Faure, est mort à l'Élysée en pleins ébats avec sa maîtresse et qu'un de ses lointains successeurs a fini en couverture de la presse à scandale, casque de scooter sur le crâne, à l'heure des croissants. Dévoiler sa moitié, pour les candidats, c'est une façon de s'humaniser, d'entrer dans le cœur des Français, comme le fit Emmanuel Macron en exposant sa romance avec Brigitte à la Une de Closer ou Paris Match, avec l'aide de la controversée papesse du people, Mimi Marchand.
La transparence imposée
À un an de la présidentielle de 2027, plusieurs se plient à cet exercice obligé. Car mieux vaut anticiper que se faire « outer » lors d'une (vraie) paparazzade. Jordan Bardella, que l'on avait déjà aperçu en 2025 sur les canapés de Karine Le Marchand dans l'émission Une ambition intime, affiche ainsi sa love story avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, princesse et influenceuse jet-set. Avait-il seulement le choix ? Non, car la découverte de cette relation particulière lui aurait valu un procès en dérive bling-bling, lui dont le parti prétend représenter la France des oubliés.
Gabriel Attal, de même, a choisi la contre-attaque préventive en officialisant son couple avec l'ancien ministre macroniste Stéphane Séjourné. Pouvait-il procéder différemment ? Non, tant il savait qu'il subirait des attaques sur son homosexualité. L'ancien Premier ministre a d'ailleurs riposté frontalement au « torrent d'homophobie » qui s'est déversé sur ses réseaux sociaux depuis la parution de son livre En homme libre (L'Observatoire) en révélant sur son compte Instagram plusieurs messages honteux, avec ce commentaire : « Ne jamais s'habituer. »
Ceux qui résistent
Mais d'autres résistent à cette starisation imposée : Bruno Retailleau, qui revendique d'avoir de longue date dressé une « muraille de Chine » entre sa vie publique et sa vie privée, refuse mordicus de dévoiler sa femme, Isabelle. Certains de ses proches confient même que, s'il était élu – hypothèse certes lointaine à ce stade compte tenu de son étiage dans les sondages –, elle ne quitterait pas nécessairement son emploi de médecin scolaire ni sa vie en Vendée. De même, Édouard Philippe a toujours résisté aux sirènes people, refusant de mettre en scène son épouse, Édith Chabre.
Quant à Jean-Luc Mélenchon, il avait rabroué Cyril Hanouna qui l'interrogeait sur sa vie intime d'un très ferme : « Foutez-moi la paix ! » D'autres, enfin, subissent cette mise en scène de l'intime sans la chercher, tel Raphaël Glucksmann qui ne parle pas spontanément de son power couple avec Léa Salamé mais n'a guère le choix tant ils sont médiatiquement, l'un comme l'autre, exposés.
Le poids du couple présidentiel
Et si le temps était venu de cesser de considérer la first lady - ou le prince consort - comme une potiche glamour et dévouée, en charge de nobles causes et contrainte de mettre en pause sa vie professionnelle ? Claude Pompidou, qui subit les outrages de l'affaire Markovic et vit son époux périr durant son mandat de la maladie de Waldenström, considérait l'Élysée comme « la maison du malheur ».
Gare, enfin, car céder au people, c'est mettre le doigt dans un périlleux engrenage. L'ancien président François Hollande en sait quelque chose : lorsque vous entrouvrez la porte de votre intimité, il est bien difficile ensuite de la refermer.



