Marc Bloch entre au Panthéon : un hommage à l'historien résistant
Marc Bloch au Panthéon : hommage à l'historien résistant

Emmanuel Macron fera entrer l'historien Marc Bloch, soldat et résistant assassiné par la Gestapo, au Panthéon mardi 23 juin 2026. L'Élysée salue un hommage à « l'homme des Lumières » et au « penseur du siècle », selon une déclaration rapportée par l'AFP.

Un historien au Panthéon pour la première fois

Cette panthéonisation est la sixième du double quinquennat d'Emmanuel Macron, après Simone Veil, Maurice Genevoix, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter. C'est la première fois qu'un historien entre au Panthéon. « C'est un homme qui a pensé le passé pour agir au présent. Il n'avait pas une conception figée de l'Histoire, elle devait servir l'action au temps présent », justifie l'Élysée.

Des cercueils symboliques sans les corps

La cérémonie sera précédée d'une veillée nocturne lundi à l'École normale supérieure, rue d'Ulm, où Marc Bloch étudia de 1904 à 1908. Mardi à 21 heures, les cercueils de l'intellectuel et de son épouse Simonne Vidal remonteront la rue Soufflot. Simonne accompagne Marc Bloch à la demande de la famille mais n'est pas elle-même « panthéonisée ». Les cercueils ne contiendront pas les corps : les descendants ont souhaité que celui de l'historien continue de reposer dans un village de la Creuse, tandis que celui de Simonne, morte à Lyon sous un faux nom en juillet 1944, n'a pas été retrouvé. Ils renfermeront des objets symboliques : médailles, fougères représentant la maison familiale creusoise du hameau des Fougères, le testament spirituel de Marc Bloch de 1941, des photos et des lettres de son épouse à ses enfants, a précisé à l'AFP Suzette Bloch, petite-fille de l'historien.

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Un hommage aux Lumières et un message politique

À la nuit tombée, un portrait géant du résistant s'animera en différents tableaux entre les colonnes du Panthéon, accompagné d'un récit de sa vie, avant le discours présidentiel d'une vingtaine de minutes. « Marc Bloch fait écho à l'héritage des Lumières, une façon de concevoir l'homme centrée non pas sur le repli identitaire mais sur l'ouverture à l'autre, sur l'altérité », ajoute l'Élysée. Une flèche en direction de l'extrême droite, dont l'éventuelle présence à la cérémonie a fait débat. La famille demandait qu'elle soit « exclue », en rappelant l'engagement « profondément antinationaliste » de Marc Bloch. Si le protocole républicain impose que les chefs de groupes parlementaires soient invités, Marine Le Pen ne viendra finalement pas, demande déjà respectée pour Robert Badinter. « On a bien entendu que la famille ne voulait pas », relève-t-on dans l'entourage de la députée du Rassemblement national. Sarah Knafo a en revanche confirmé sa présence pour Reconquête.

L'héritage intellectuel de Marc Bloch

Marc Bloch, cofondateur de la revue des Annales d'histoire économique et sociale en 1929, a révolutionné l'étude de l'Histoire en l'ouvrant à l'anthropologie, l'économie et la sociologie. Médiéviste, il se penche aussi sur des sujets contemporains comme le mécanisme de propagation des rumeurs dans les « Rois thaumaturges » ou les racines de la Débâcle de 1940 dans « L'Étrange défaite ». Victime des lois antisémites de Vichy, l'universitaire, déjà mobilisé en 1914-1918, entre dans la clandestinité en 1943 à Lyon dans le mouvement Franc-Tireur. Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo puis exécuté le 16 juin avec d'autres détenus en criant « Vive la France ». « Il représente la rencontre entre le courage - et même l'héroïsme lors des deux guerres - et la modération, un intellectuel engagé par ses recherches mais encarté dans aucun parti », souligne l'historien Patrick Boucheron dans Le 1 Hebdo.

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La famille s'oppose à toute récupération

La famille s'est opposée à toute « récupération communautaire » de ce juif athée, qui « n'avait foi qu'en une seule idée, la République », a-t-elle écrit dans une lettre au chef de l'État. Une dernière panthéonisation avant la fin du quinquennat en mai 2027 n'est pas exclue. « Nous verrons bien en fonction des débats qui se déroulent aujourd'hui dans la société », relève un conseiller présidentiel, alors qu'une pétition circule pour faire entrer au Panthéon Samuel Paty, professeur assassiné en 2020. « Si les choix opérés depuis 2017 correspondent aux attentes des Français en matière de diversité, de féminisation et de résistance, leur empreinte mémorielle demeure limitée », souligne la Fondation Jean-Jaurès dans une étude publiée mercredi.