Il est minuit, la gauche française semble une fois de plus se diriger vers une défaite au premier tour de l'élection présidentielle. Après les éliminations de 2017 et 2022, tout indique que 2027 pourrait être une nouvelle désillusion. Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature, une quatrième tentative qui le rapproche des six échecs d'Arlette Laguiller. Le leader insoumis a été désigné à l'issue d'un vote non compétitif, une parodie de scrutin où il était candidat unique, plébiscité par sa garde rapprochée.
Une stratégie éprouvée
La stratégie mélenchoniste consiste à lisser une image dégradée, comparable à celle d'Eric Zemmour en termes d'impopularité. Après des années de guerre au bazooka, Mélenchon troque le registre du bruit et de la fureur pour celui d'un papy bougon mais didactique. Annoncer sa candidature tôt présente deux avantages : montrer que ses adversaires ne sont pas prêts et faire oublier les divisions qu'il a provoquées. Mélenchon compte sur la mémoire courte des électeurs, qui ne dépasse pas six mois.
Un candidat cynique
Cette énième candidature confirme le cynisme de Mélenchon. Le récit de la « Nouvelle France » est un artefact populiste. S'il était sincère, il aurait cédé sa place à un représentant de cette France jeune et racisée, comme Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis. Bagayoko coche toutes les cases : jeunesse, expérience, aisance médiatique, popularité. Mais Mélenchon préfère dominer un champ de ruines à gauche, espérant que la droite soit divisée pour se faufiler au second tour.
Le pari négatif
Mélenchon mise sur un scénario où il affronte Jordan Bardella au second tour. Il pense que le « petit-bourgeois votera insoumis », mais l'extrême droite s'est recentrée et ses politiques sont acceptées à droite. Les accusations d'antisémitisme à l'encontre de Mélenchon pourraient être un thème central, permettant à Bardella de pointer du doigt les dérives du leader insoumis. La gauche, complaisante, en sortira discréditée.
La primaire au point mort
La primaire des gauches est au point mort. Boris Vallaud a démissionné de la direction du PS, opposé à la primaire unitaire. Sans le PS, le processus perd son sens. Les options alternatives sont improbables : Raphaël Glucksmann n'a pas su capitaliser sur son score européen, Bernard Cazeneuve et François Hollande sont des candidats risibles. La gauche non mélenchoniste se démène pour accréditer l'idée que le vote Mélenchon est le seul utile, un paradoxe grinçant.
Un avenir incertain
Il est minuit, la gauche se prépare à une troisième défaite consécutive. Une qualification de Mélenchon au second tour serait synonyme de défaite historique contre l'extrême droite. Entre la gauche cynique de LFI et les autres gauches velléitaires, que peut-on espérer ? Un miracle ? La gauche du futur, démocratique et émancipatrice, n'est pas encore née.



