Bernadette Chirac : « On ne se méfie jamais assez des bonnes femmes »
Bernadette Chirac : « On ne se méfie jamais assez des bonnes femmes »

Une invitation en Corrèze

En juin 1979, Christine Clerc, jeune journaliste, est conviée en Corrèze, fief de Jacques Chirac, pour découvrir Bernadette Chirac. Son article dans le magazine Elle lui vaudra d'être blacklistée pendant quinze ans. À une époque où les épouses de chefs d'État suscitent peu d'intérêt, Bernadette Chirac s'impose dès ses débuts à la Mairie de Paris et en Corrèze.

Une première rencontre au Pré Catelan

Lors d'un déjeuner au Pré Catelan, un élégant restaurant du Bois de Boulogne, Christine Clerc remarque l'allure décontractée de Bernadette Chirac, vêtue d'une robe à fleurs, un verre de champagne à la main. Elle lui propose de la rencontrer en Corrèze. Quelques mois plus tard, sous une pluie battante, la journaliste découvre le château de granit rose des Chirac. Jacques Chirac, en chemise hawaïenne, ouvre la porte et lance des ordres à sa fille Claude et à Vincent Lindon.

Une femme qui s'affirme

Bernadette Chirac adopte un style direct. À table, elle ordonne à son mari de passer le champagne. « Jacques Chirac, maire de Paris ? Vous nous passez un peu de champagne, s’il en reste ? » Puis, en tournée électorale, elle refuse la liqueur devant les paysans : « Je ne suis pas comme mon mari, qui fait semblant ! » Au volant, elle confie ses souffrances, évoquant Marie-France Garaud, qu'elle accuse de mépris. « Elle me prenait pour une parfaite imbécile… » Une camionnette surgit dans un virage, elle redresse le volant et lâche : « On ne se méfie jamais assez des bonnes femmes. »

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Les conséquences de l'article

L'interview publiée par Elle fait grand bruit. Jacques Chirac appelle Christine Clerc en s'exclamant : « C'est Hiroshima ! » Bernadette l'invite à un concert à l'Hôtel de Ville, mais la journaliste sera mise en quarantaine pendant plus de quinze ans, rayée des listes de la mairie de Paris. Elle suivra de loin les revers et le succès électoral de Chirac en 1995.

Une première dame influente

Bernadette Chirac devient auteure à succès avec son livre Conversation (300 000 exemplaires). En tant que Première dame, elle est peinée de voir son mari photographié sans elle dans Paris Match. « Mon mari est veuf ! » s'exclame-t-elle. Mais elle est reçue avec honneurs dans les villes où elle visite hôpitaux et crèches, et mène l'opération « Pièces Jaunes ». Les Français sont émus par son courage face à la maladie de sa fille Laurence, et par ses visites à la Maison de Solenn. Elle fait preuve d'habileté politique en invitant Nicolas Sarkozy à un meeting à Tulle, exaspérant son mari. L'historien Alain Decaux se souvient qu'elle lui avait dit : « C'est moi qui ai fait élire mon mari ! »

Jusqu'au bout, lutter

Quelques mois avant sa mort, en septembre 2025, Bernadette Chirac se rend à Notre-Dame de Paris en fauteuil roulant, poussée par sa fille Claude, pour admirer la reconstruction. Elle s'éteint à 93 ans, laissant le souvenir d'une femme d'exception.

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