Une prime controversée pour les avocats dans le projet de loi sur la sécurité
Ses détracteurs la surnomment déjà la "prime Far West". Le gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni envisage d'attribuer des primes aux avocats italiens qui parviendraient à persuader leurs clients immigrés d'accepter un retour volontaire vers leur pays d'origine. Cette disposition, incluse dans le dernier projet de loi sur la sécurité, est actuellement examinée par la chambre basse du Parlement pour son approbation définitive, après avoir été votée par la chambre haute au terme de débats particulièrement houleux et conflictuels.
Les détails financiers et juridiques du dispositif
La coalition au pouvoir a alloué un budget de 246 000 euros pour financer ce mécanisme en 2026, avec une enveloppe pratiquement doublée pour les années 2027 et 2028. Les avocats engagés dans l'accompagnement de leurs clients étrangers vers un retour volontaire percevront une prime, mais uniquement après que ces derniers auront effectivement regagné leur territoire national. Le montant précis n'est pas spécifié dans le texte législatif, mais la presse italienne l'évalue approximativement à 615 euros. Le même projet de loi prévoit également la suppression de l'aide juridictionnelle financée par l'État pour contester les ordres d'expulsion, ce qui complique davantage l'accès à la justice pour les migrants.
Une opposition vigoureuse des professions juridiques et politiques
Cette initiative a ravivé les tensions entre le gouvernement et les corps de métier du droit, seulement un mois après l'échec du référendum sur une réforme de la justice soutenue par l'exécutif Meloni. Le Conseil national des barreaux italiens affirme ne pas avoir été consulté et exige le retrait pur et simple de la mesure. L'UCPI, qui représente les avocats pénalistes, juge la disposition "incompatible" avec la Constitution italienne, rappelant que les avocats ne doivent pas être rémunérés pour obtenir un résultat souhaité par l'État, mais doivent assister leurs clients "en toute liberté et indépendance". Du côté des magistrats, l'ANM s'est également déclarée "consternée", estimant qu'associer une incitation financière à l'issue des procédures de retour des migrants pourrait affaiblir la protection juridictionnelle effective et compromettre l'équité des processus.
Les réactions politiques et les critiques acerbes
L'opposition politique dénonce avec virulence cette mesure. Riccardo Magi, chef du parti de gauche Più Europa (Plus d'Europe), estime qu'avec cette prime, "les droits sont piétinés et ceux qui devraient protéger les droits des citoyens étrangers sont financièrement incités à ne pas le faire". Il compare également ce décret de sécurité à "un pas de plus vers l'ICE de Trump", en référence à l'agence américaine de l'immigration, connue pour ses méthodes souvent violentes et controversées. Debora Serracchiani, du Parti démocrate, fustige elle aussi une mesure "honteuse", qui "porte atteinte à la dignité même des professionnels", surtout lorsqu'elle est combinée à la suppression de l'aide juridictionnelle pour les recours contre les expulsions. Selon elle, "c'est encore un décret qui ne sert qu'à réprimer et à retirer des droits", soulignant une approche punitive plutôt que protectrice.
Contexte plus large de la politique migratoire italienne
Ce dispositif s'inscrit dans une série de mesures de durcissement de la politique migratoire du gouvernement Meloni, fragilisé après sa défaite référendaire sur la réforme judiciaire. En février, l'exécutif avait déjà approuvé un projet autorisant des blocus navals pour empêcher l'arrivée de bateaux en Italie, lors de périodes de "pression exceptionnelle". Mais si le gouvernement revendique une baisse des arrivées depuis 2022, plusieurs de ses projets migratoires, notamment les centres en Albanie, ont été bloqués par la justice, et les retours forcés restent limités par rapport à d'autres pays européens. Selon les données d'Eurostat, 132 660 personnes ont été rapatriées depuis l'UE en 2025, dont seulement 4 780 depuis l'Italie sur environ 21 295 ordres de départ, ce qui souligne les difficultés pratiques de mise en œuvre de ces politiques.



