Expulsions d'Algériens : reprise timide après une crise diplomatique franco-algérienne
Expulsions d'Algériens : reprise après crise diplomatique

Reprise des expulsions d'Algériens vers leur pays d'origine

Selon l'association la Cimade, citée par l'Agence France-Presse, les expulsions d'Algériens vers leur pays d'origine ont repris après une longue période d'interruption. L'organisation, qui intervient dans les centres de rétention administrative (CRA), a confirmé que deux Algériens retenus au CRA de Rennes ont été expulsés mercredi 25 mars.

Deux cas emblématiques d'expulsion

Les profils des deux personnes expulsées illustrent la diversité des situations concernées. La première personne était arrivée en France en 2024 et était retenue depuis deux mois en centre de rétention. La seconde résidait en France depuis quarante ans, était mariée avec une Française et père de trois enfants majeurs vivant sur le territoire français.

À Toulouse, dans un autre centre de rétention administrative, un laissez-passer consulaire a été émis la semaine dernière par l'Algérie. Ce document, indispensable pour toute procédure d'expulsion, ouvre la voie à un vol prévu vers ce pays nord-africain. Selon nos informations, d'autres rapatriements sont actuellement programmés.

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Un contexte diplomatique complexe

Il convient de rappeler que les dernières réadmissions par l'Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière sous obligations de quitter le territoire français dataient du début de l'année 2025. La crise diplomatique entre les deux pays avait sérieusement freiné, voire interrompu, ces procédures de réadmission pendant de longs mois.

Un dégel timide dans les relations franco-algériennes

Le 24 mars, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait déclaré à l'AFP que la reprise d'un dialogue exigeant sur le plan migratoire et sécuritaire avec l'Algérie produisait des premiers résultats. Sans fournir de détails précis, le ministre s'était contenté d'affirmer que nous voyons des premiers résultats se manifester qui se confirment et qui s'amplifient.

Il avait notamment rappelé que la reprise de la coopération migratoire et sécuritaire constituait le cœur de la visite à Alger du ministre français de l'Intérieur Laurent Nuñez en février dernier. Lors de cette visite, Paris avait pu, selon Jean-Noël Barrot, faire valoir un certain nombre d'attentes, en particulier en matière de reconduites à la frontière des Algériens en situation irrégulière.

La délivrance des laissez-passer consulaires

Dans ce cadre, il est nécessaire que les autorités consulaires algériennes en France puissent délivrer les laissez-passer consulaires permettant ces reconduites à la frontière, avait ajouté le ministre. Effectivement, Paris a constaté un début d'ouverture du côté des consulats algériens en France qui ont commencé, laborieusement, à reprendre les auditions consulaires.

Cette reprise fait suite à l'acceptation par la France d'agréer les derniers consuls algériens, au nombre de six sur les dix-huit en attente de poste. Les auditions consulaires permettent à une ambassade ou un consulat du pays concerné de vérifier que la personne à éloigner possède bien la nationalité de ce pays.

Des défis persistants et une coopération fragile

Malgré ces signes positifs, de nombreux défis subsistent avant un retour à la normale pour l'expulsion des obligations de quitter le territoire français. La reconstruction des liens administratifs entre les deux pays s'avère lente et complexe, nécessitant de renouer le dialogue entre les administrations préfectorales françaises et consulaires algériennes.

Un incident diplomatique récent

Un autre défi majeur concerne un nouveau soubresaut dans les relations bilatérales et ses effets potentiellement néfastes sur la reprise du processus d'expulsion. Le 26 mars, le chargé d'affaires de l'ambassade de France à Alger, Gilles Bourbao, a été convoqué au ministère algérien des Affaires étrangères.

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Les autorités algériennes ont vivement protesté contre le renouvellement, la veille, de la détention provisoire d'un agent consulaire algérien pour une durée supplémentaire d'une année. Cet agent du consulat algérien de Créteil avait été arrêté le 8 avril 2025 par la police française dans le cadre de l'enquête sur la tentative d'enlèvement d'Amir Boukhours, alias Amir DZ, un blogueur controversé exilé en France.

Conséquences diplomatiques

En réaction à cette arrestation, l'Algérie avait expulsé douze agents diplomatiques français en poste à Alger. Paris avait répliqué le lendemain avec l'expulsion d'un nombre identique de diplomates algériens en fonction sur le territoire français et avait rappelé pour consultations son ambassadeur à Alger, Stéphane Romatet, qui n'a toujours pas regagné son poste depuis lors.

Le renouvellement de la détention provisoire constitue, selon Alger, une décision difficilement justifiable ou recevable qui aura inévitablement des conséquences sur le cours normal des relations algéro-françaises.

Un contexte sécuritaire tendu

Pour ne rien arranger, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a indiqué, ce vendredi 3 avril sur France Info, que huit procédures pour terrorisme d'État étaient actuellement ouvertes par le parquet national antiterroriste. Ces procédures visent notamment l'Iran, la Russie et... l'Algérie, concernant probablement l'affaire du rapt présumé d'Amir DZ.

L'accord algéro-belge comme contre-modèle

Ces évolutions interviennent alors qu'Alger vient de signer un accord avec la Belgique, le 31 mars, sur le retour de 2 251 personnes ayant déclaré la nationalité algérienne et reçu un ordre de quitter le territoire. Parmi celles-ci, on compte 700 prisonniers, selon les médias belges.

Selon le quotidien belge L'Écho, l'accord se décline en plusieurs mesures concrètes :

  • Un délai d'identification des personnes raccourci à une quinzaine de jours
  • Une prolongation du document de voyage destiné au retour
  • La possibilité de grouper les retours en avion via des vols qui peuvent être indirects
  • La possibilité de faire appel à des escorteurs algériens en cas de retour forcé

Selon le même journal, la contrepartie annoncée de cet accord est l'exemption de visa en Belgique pour les titulaires de passeports diplomatiques et de service algériens, une demande de longue date des autorités algériennes.

Cette coopération migratoire renforcée entre l'Algérie et la Belgique contraste avec la situation encore fragile entre Paris et Alger, où chaque avancée semble précaire et susceptible d'être remise en cause par le moindre incident diplomatique.