Le « bonus rapatriement » de Meloni crée une tempête politique en Italie
Bonus rapatriement Meloni : polémique et tensions politiques

Le projet controversé de « bonus rapatriement » secoue l'Italie

Avec son initiative de « bonus rapatriement », le gouvernement de Giorgia Meloni s'est lancé dans une polémique intense, générant des secousses politiques significatives. Cette mesure, intégrée dans le projet de loi sur la sécurité actuellement débattu au Parlement italien, prévoit une contribution financière pour les avocats accompagnant les migrants acceptant un rapatriement volontaire vers leur pays d'origine.

Une enveloppe financière et des objectifs clairs

L'enveloppe pourrait atteindre jusqu'à 615 euros, un montant équivalent à la « contribution financière pour les besoins essentiels » versée à chaque migrant participant à un départ assisté. L'objectif affiché par la majorité de Giorgia Meloni est d'inciter davantage de ces rapatriements « aidés », qui n'ont concerné que 675 personnes en 2025 selon les données du ministère. Un élu de la Ligue de Matteo Salvini, cité par le journal Fatto Quotidiano, a résumé la position : « On doit faire plus de rapatriements. Il y a ceux qui veulent une amnistie comme [le Premier ministre espagnol Pedro] Sanchez et ceux qui veulent les rapatriements. »

Opposition ferme des avocats et du Conseil national

Cependant, la proposition ne passe pas auprès de nombreux avocats et du Conseil national des avocats (CNF), qui se voit attribuer un rôle central dans ce mécanisme, malgré son absence de consultation. L'organisme a précisé n'avoir jamais « été informé de cette implication : ni avant la présentation de l'amendement, ni pendant son processus parlementaire, ni après son approbation ». Dans un second temps, le CNF a appelé les parlementaires à « retirer toute implication » du Conseil dans la mise en place du bonus.

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Critiques acerbes de l'opposition de centre gauche

Dans les rangs de l'opposition de centre gauche, les critiques fusent. Le Mouvement 5 étoiles accuse le gouvernement de « instrumentaliser les avocats pour mettre en œuvre ses choix politiques en matière d'immigration ». Riccardo Magi, chef du parti libéral et europhile +Europa, renchérit : « On est à deux doigts de l'ICE de Trump. Ceux qui devraient protéger les droits des citoyens étrangers sont financièrement incités à ne pas le faire. C'est totalement anticonstitutionnel, contraire au principe du respect des droits de la défense et même au Code pénal. »

Inquiétudes jusqu'au sommet de l'État

Le bonus a même suscité des inquiétudes au plus haut niveau de l'État. Alfredo Mantovano, sous-secrétaire à la présidence du Conseil et proche collaborateur de Giorgia Meloni, a été convoqué au Quirinal, le bureau du président de la République Sergio Mattarella. Ce dernier aurait fait savoir que « en l'état, cela ne va pas », estimant ne pas pouvoir contresigner le projet de loi avec cet amendement controversé. Le quotidien Avvenire résume sans ambages : « Un amendement manifestement peu réfléchi, qui a échoué lors du premier contrôle de constitutionnalité par le Quirinal. »

Pression temporelle et défis législatifs

Pour Meloni et sa majorité, le temps presse. Les élus doivent impérativement soumettre au vote leur « paquet sécuritaire », un pilier politique pour l'exécutif dans cette dernière année de mandat. Le dernier délai est fixé au 25 avril, jour férié pour la Fête de la Libération, avant que l'ensemble du projet législatif ne devienne caduc. Modifier le texte nécessiterait un nouveau passage devant les parlementaires, risquant d'accumuler du retard.

Défense ferme de Meloni et préparation d'une nouvelle version

Interrogée lors d'une visite au Salon du meuble de Milan, Giorgia Meloni a balayé les attaques, défendant une norme « qui relève du bon sens ». Elle a affirmé que le bonus serait maintenu avec le reste du projet de loi sur la sécurité, soumis à un vote de confiance ce mercredi. Cependant, elle a aussi indiqué que des observations techniques du Quirinal et des juristes seraient intégrées dans un décret ad hoc, qui pourrait être dévoilé dès vendredi en Conseil des ministres et ratifié en même temps que le « paquet sécuritaire ».

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Une situation paradoxale et des ajustements en cours

Elly Schlein, patronne du Parti démocrate (centre gauche), s'inquiète de cette situation paradoxale : « une Assemblée convoquée pour voter une loi inconstitutionnelle pour, ensuite, la corriger par un nouveau décret ». Selon des indiscrétions de la presse italienne, la nouvelle version pourrait ne plus mentionner le Conseil national des avocats et étendre le bonus à d'autres bénéficiaires comme des organisations à but non lucratif ou des médiateurs. De plus, l'enveloppe pourrait être débloquée même si le rapatriement volontaire n'est pas mené à son terme, dans l'espoir de rendre la norme plus acceptable et d'apaiser la polémique.