Les Républicains lancent une guérilla numérique pour moderniser leur image politique
LR mène une guérilla numérique pour moderniser son image

La guerre numérique des Républicains pour séduire une nouvelle génération

Le célèbre compte X du Quai d'Orsay, réputé pour ses réponses pleines de flegme et d'humour bien français aux attaques étrangères, pourrait bientôt trouver de sérieux concurrents. Une bande de flibustiers modernes lui fait en effet une concurrence inattendue sur les réseaux sociaux : les stratèges numériques des Républicains qui, à coups de messages décalés et parfois osés, entreprennent de dépoussiérer l'image quelque peu surannée du parti de Bruno Retailleau, avec l'aval explicite de ce dernier.

Des détournements audacieux qui font le buzz

Quand Gabriel Attal s'affiche en couverture du Point pour dévoiler sa candidature à l'Élysée avec la tirade « Je pense savoir comment il faut présider la France », les snipers numériques de LR répliquent immédiatement. Ils détournent sur X (ex-Twitter) la vidéo du tacle bien senti de Kylian Mbappé à l'OGC Nice pour lancer : « Vous pensez ? Moi je ne pense pas… C'est mon avis. » Un exemple parmi d'autres de leur stratégie de communication disruptive.

Début avril, alors que Bruno Retailleau s'apprête à présenter son observatoire des villes LFI en conférence de presse, son équipe Web lui soumet un tweet décoiffant pour épingler Rima Hassan, figure honnie de la droite. Des fuites de presse affirmaient que de la drogue avait été retrouvée dans les affaires de l'eurodéputée Insoumise lors de sa garde à vue, ce qu'elle avait aussitôt démenti en évoquant une consommation médicale de CBD. LR s'en donne alors à cœur joie en balançant sur les réseaux sociaux ce scud : « From the river to the shit », détournement du slogan « Du fleuve Jourdain à la mer » cher aux ennemis d'Israël. Non seulement Bruno Retailleau n'a pas tiqué devant l'audace du message, mais il l'a validé.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une petite équipe aux grands effets

Derrière cette stratégie numérique offensive, point d'armée de communicants ni d'agence aux tarifs prohibitifs, mais un commando de trois couteaux suisses. Dans ce parti aux ressources humaines appauvries par plusieurs plans de compression du personnel, trois salariés pilotent la riposte Web :

  • Wilfried Mortier, 28 ans, passé par Valeurs actuelles, coutumier des initiatives épicées et aux opinions de droite très tranchées
  • Arnaud Baillargeat, 25 ans, community manager et photographe, conseiller municipal dans l'Indre depuis mars
  • Alexandre Herbert, 23 ans, vidéaste et monteur

Ils travaillent en coordination avec la communicante de LR Clémence Delebecque, 40 ans, qui souffle des idées de posts et épaule à mi-temps le député LR et ancien ministre délégué à la Défense Jean-Louis Thiériot. Parfois, le stratège en chef de Retailleau, Jean-Baptiste Doat, souvent dépeint comme un « pirate », donne son imprimatur ou murmure une idée.

Investissements et résultats concrets

Pour dynamiser leur communication digitale, les Républicains ont investi ces derniers mois dans un studio aménagé dans les sous-sols du siège de la place du Palais-Bourbon (Paris VIIe). Cet équipement permet au chef de LR de réagir à chaud face caméra à l'actualité. Quand Gabriel Attal attaque sur France Inter François-Xavier Bellamy en l'accusant d'avoir refusé d'appeler à battre l'extrême droite, Bruno Retailleau fonce au studio enregistrer sa riposte : « Moi, cher Gabriel Attal, je n'ai jamais appelé à voter LFI ». Résultat : 251 000 vues et 4 150 likes environ sur Instagram.

La vidéo de sa déclaration de campagne du 12 février a été visionnée 1,9 million de fois sur X. Pour LR, le Web demeure un grand Far West où il faut surprendre, faire le buzz, pour capter l'attention. Et un « mème » drolatique (vidéo ou image détournées) s'avère souvent plus efficace qu'une proposition de loi de quinze pages.

Des chiffres qui parlent

Certes, la marche reste haute. Jordan Bardella compte 2,3 millions d'abonnés sur TikTok et Jean-Luc Mélenchon 2,8 millions, quand Bruno Retailleau plafonne à 79 000. Mais le Vendéen n'a pas à rougir sur X avec près de 212 000 abonnés (2,6 millions pour Mélenchon, 609 000 pour Bardella et 285 000 pour Attal), qui a connu une belle envolée après sa nomination au ministère de l'Intérieur en septembre 2024.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les réseaux sociaux feraient-ils une élection présidentielle en se traduisant en voix dans les urnes ? Certes non, mais aucun candidat ne saurait faire l'impasse sur cet eldorado numérique où les Républicains mènent désormais une guérilla communicationnelle aussi surprenante qu'efficace.