Le ministère de l'Intérieur classe LFI à l'extrême gauche, un débat qui révèle des convergences troublantes
LFI classée extrême gauche : un débat révélateur de convergences troublantes

Le ministère de l'Intérieur attribue officiellement le label "extrême gauche" à La France Insoumise

La bureaucratie française offre parfois des moments de divertissement inattendus. Dans sa dernière circulaire électorale, le ministère de l'Intérieur a décidé d'accorder une véritable appellation d'origine contrôlée aux partis politiques en attribuant le label "extrême gauche" à La France Insoumise. Cette décision administrative ouvre la porte à l'un de ces débats typiquement français où les positions se cristallisent et les arguments fusent.

Une classification qui trouve sa justification dans les positions du mouvement

Même si une circulaire ministérielle ne devrait normalement pas se prononcer sur de tels sujets, force est de constater que les bureaucrates ont touché juste. Entre sa rhétorique insurrectionnelle permanente, son culte affiché de Robespierre, ses relations troubles avec des régimes marxisants comme celui de Nicolas Maduro au Venezuela, sans oublier les méthodes héritées du trotskisme - courant politique d'origine de Jean-Luc Mélenchon -, La France Insoumise coche effectivement toutes les cases de l'extrême gauche.

Précisons qu'il existe également des arguments sérieux pour attribuer un second label à LFI : celui d'"extrême droite". D'abord, les Insoumis ont repris le flambeau de l'obsession antisémite qui caractérisait plutôt Jean-Marie Le Pen ces dernières décennies. Les allusions répétées de Jean-Luc Mélenchon au "peuple déicide", les références de David Guiraud aux "dragons célestes" - signe de ralliement de la haine des Juifs -, et les sorties quasi quotidiennes de Rima Hassan et d'autres figures du mouvement fourniraient matière à écrire un livre complet.

D'ailleurs, ce livre existe déjà ! Passion antisémite (Grasset, 2025) est issu de la plaidoirie victorieuse de Richard Malka en défense de Raphaël Enthoven, assigné par ce qu'il appelle la "meute" pour avoir employé cette formule à son propos. L'ouvrage documente minutieusement ces dérives et mériterait une lecture attentive par tous les observateurs politiques.

La convergence troublante des identitaires

Les héritiers de Jean-Marie Le Pen en matière d'antisémitisme ont également versé, plus récemment, dans une autre perversion traditionnellement associée à l'extrême droite : le racialisme. Jean-Luc Mélenchon, tout occupé à promouvoir sa "nouvelle France" et sa théorie de la "créolisation", a récemment repris à son compte l'expression de "grand remplacement". Certes, en prétendant - ce qui ne trompe personne - qu'il s'agit d'une affaire de "générations", l'une étant différente de l'autre.

Bien sûr, contrairement au théoricien d'extrême droite Renaud Camus, principal promoteur de ce concept, le leader Insoumis ne le dénonce pas mais l'appelle de ses vœux. Il n'empêche que Mélenchon en avalise le principe fondamental, qui consiste à trier les gens en fonction de leur couleur de peau. Il a été suivi en cela par ses disciples, comme Sébastien Delogu, qui a plaidé ouvertement pour des maires "racisés". Après la convergence des luttes, voici venue la convergence des identitaires...

La nécessité d'une gauche républicaine pour tenir LFI en respect

Il est de salubrité publique que la gauche authentique - celle qui n'est ni d'extrême gauche ni d'extrême droite ! - maintienne La France Insoumise à distance respectueuse. On ne peut donc que se réjouir de la candidature à la présidentielle du socialiste Jérôme Guedj, farouchement républicain, universaliste et laïque, ainsi que de celle du social-démocrate Raphaël Glucksmann. Sans oublier l'éventuelle entrée en lice de François Hollande, qui pourrait compléter ce tableau.

Il sera toujours temps de discuter leurs options économiques - et il y aura certainement matière à débat ! - mais au moins, ces trois figures politiques se montrent à la hauteur sur l'essentiel des valeurs républicaines. François Hollande, dans son ouvrage Le Défi de gouverner (Perrin, 2024), a d'ailleurs parfaitement retracé l'histoire de la gauche de raison : "Tout commence avec Dreyfus", écrit-il dans les premières pages. La dérive antisémite de LFI représente ainsi un bond en arrière de cent trente ans dans l'histoire politique française.

La bataille de la gauche se joue déjà dans les élections municipales

Malheureusement, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti Socialiste, persiste à entretenir une ambiguïté dangereuse. Malgré sa proclamation de rupture avec La France Insoumise, il trouve "injuste" que le mouvement soit classé à l'extrême gauche par l'administration, et continue à lui envoyer régulièrement de petits signaux complices. Il s'en prend par exemple aux cibles favorites de LFI, comme Charlie Hebdo, dans des prises de position moralement accablantes et stratégiquement ineptes.

Comme l'écrivait Khalil Gibran : "Le fanatique est un orateur, sourd comme un pot". Cette surdité politique ne sera d'ailleurs pas récompensée par ceux qu'il cherche à apaiser. Les élections municipales constituent déjà le terrain privilégié de cette bataille interne à la gauche. Comme attendu, La France Insoumise redouble de rage contre les figures socialistes les plus fermes sur les principes républicains, comme Karim Bouamrane et Michaël Delafosse, maires respectifs de Saint-Ouen et Montpellier.

Le spectacle est désormais complet : une extrême gauche qui s'inspire des méthodes de l'extrême droite s'opposant à une gauche qui tient bon sur ses principes fondamentaux. Cette configuration inédite dessine les contours des batailles politiques à venir et pose des questions essentielles sur l'avenir de la gauche française dans son ensemble.