À Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, la ville est devenue un symbole de la France des extrêmes. Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National (RN) à la présidentielle, y a son fief. Mais les habitants sont divisés. « On est un peu les Astérix et Obélix d’ici », lance un commerçant du centre-ville, résumant l'ambiance.
Une ville sous tension
Depuis des années, Hénin-Beaumont est un laboratoire politique. En 2020, le RN a remporté la mairie avec 52% des voix. Depuis, la ville vit au rythme des polémiques. Les opposants dénoncent une « gestion clientéliste », tandis que les partisans vantent une « proximité avec les habitants ». Selon un sondage local, 45% des habitants se disent satisfaits de l'action municipale.
Dans les rues, les affiches de Marine Le Pen côtoient celles de ses adversaires. « Ici, on se connaît tous, mais le vote est devenu un sujet tabou », explique une habitante. Les marchés sont le théâtre de discussions animées. « Moi, je vote RN parce qu'ils s'occupent des gens », affirme un retraité. « C'est une honte, ils divisent », rétorque une jeune femme.
Le poids de l'économie
Le chômage touche 13% de la population active, soit deux points de plus que la moyenne nationale. Les fermetures d'usines ont laissé des traces. « Les gens ont peur de l'avenir », analyse un syndicaliste. Le RN promet de la protection, mais ses détracteurs pointent un « discours populiste ». Une étude récente montre que 60% des électeurs du RN à Hénin-Beaumont sont des ouvriers ou employés.
Dans les quartiers populaires, l'abstention atteint 40% aux municipales. « On ne se sent pas représentés », explique un enseignant. Pourtant, la participation aux présidentielles est plus forte. « Le Pen ou Macron, c'est un choix par défaut », lâche un chauffeur de bus.
Une cohabitation difficile
Les associations locales tentent de maintenir le dialogue. « On organise des débats, mais les gens ne viennent plus », regrette la présidente d'une association culturelle. Les écoles sont mixtes, mais les tensions ethniques affleurent. « On essaie de vivre ensemble, mais c'est compliqué », confie un père de famille.
Le maire RN, Steeve Briois, défend son bilan : « Nous avons baissé les impôts et amélioré les services publics. » Ses opposants crient au « matraquage ». La ville a vu sa dette augmenter de 15% en deux ans. « Ce n'est pas tenable », avertit un conseiller municipal d'opposition.
L'ombre de la présidentielle
À l'approche de l'élection, les tensions montent. Les meetings de Marine Le Pen attirent des foules, mais aussi des contre-manifestations. « On ne se laissera pas faire », prévient un militant d'extrême gauche. La police est omniprésente. « C'est une poudrière », résume un habitant.
Malgré tout, certains gardent espoir. « On peut vivre ensemble, il faut juste se parler », conclut une commerçante. La ville reste un symbole, mais aussi un avertissement pour la France.



