Keir Starmer a annoncé sa démission, suscitant des réactions contrastées dans la presse britannique. The Independent titre : « Keir Starmer a montré de l'émotion, mais c'est un peu trop tard », accompagné d'une photo de l'ancien Premier ministre devant le 10 Downing Street, au bras de son épouse Victoria Starmer. Le journal le compare à Theresa May, « une autre Première ministre qui semblait elle aussi plutôt robotique ». La BBC relève également un « discours empreint d'émotion », contrastant avec l'approche de celui qu'elle surnomme « Monsieur Règles », qui « n'a pas su créer un lien avec l'opinion publique ».
Un début prometteur
Pourtant, Keir Starmer avait bien commencé son mandat. Le 5 juillet 2024, après quatorze années de gouvernements conservateurs successifs, il était nommé Premier ministre, dans la foulée du raz-de-marée électoral de son parti, le Labour, qui a remporté plus de 410 sièges au Parlement avec une majorité fixée à 326. Un score impressionnant comparé aux élections générales de 2019, où les travaillistes n'avaient obtenu que 202 sièges, leur plus faible résultat depuis 1935.
Un mandat marqué par les revers
The Herald s'interroge avec lyrisme : « Que diraient les pupitres de Downing Street s'ils pouvaient parler ? » Le quotidien écossais ironise sur les rumeurs de démission qui bruissaient depuis quelques jours : « Rendons hommage à cet homme : il a laissé le week-end aux commentateurs pour qu'ils puissent préparer leur analyse à chaud, pendant que lui et sa famille descendaient à Chequers pour une dernière partie de croquet. »
The Guardian titre « Un triomphe devenu tragédie » et offre une mise en perspective sévère du mandat de l'ancien avocat spécialisé dans les droits humains. Le quotidien cite Anthony Seldon, biographe des occupants du 10 Downing Street depuis John Major : « Keir Starmer ne savait pas ce qu'il faisait, et ce pour trois raisons : il n'a jamais compris en quoi consistait le poste, n'a jamais su ce qu'il voulait faire, et ne savait pas qui nommer. »
Les controverses internes
Certains y voient une référence à la nomination de Peter Mandelson au poste d'ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis en décembre 2024. Proche de Starmer, Mandelson a été limogé en septembre 2025 lorsque ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein ont été rendus publics. Starmer a été soupçonné d'être au courant des faits avant leur révélation et d'avoir tergiversé.
La presse anglaise rappelle les nombreux revers de Starmer sur le plan intérieur. Au niveau local, le Labour a subi plusieurs défaites, la dernière datant du mois dernier. The Independent précise que son parti a perdu, depuis son élection, « 1 496 conseillers municipaux à travers l'Angleterre, battant un record établi par les conservateurs en 1981 ». Le Labour a perdu plusieurs bastions, y compris en Écosse et au Pays de Galles. Au niveau national, Starmer a opéré plusieurs revirements décriés par sa base, notamment sur le « plafond de deux allocations familiales » auquel il a renoncé sous la pression.
Un héritage contrasté
Le quotidien écossais The Scotsman est l'un des rares à faire entendre une note positive, soulignant « la politique de soutien indéfectible à l'Ukraine » poursuivie par Starmer. Il se projette en imaginant un nouveau gouvernement avec Starmer aux Affaires étrangères.
La BBC note que « le retour d'Andy Burnham à Westminster a porté le coup de grâce au mandat de Keir Starmer ». Burnham, son rival déclaré, est revenu comme député lors d'une élection partielle dans une circonscription pourtant favorable aux conservateurs. Pour de nombreux travaillistes, il est « l'homme idéal pour mener leur parti aux prochaines élections générales ». La BBC conclut : « L'avenir nous dira si d'autres candidats se présenteront. »



