Municipales 2026 : une enquête Ifop-Terram décrypte les dynamiques électorales
Les journalistes et commentateurs ont souvent la fâcheuse tendance à vouloir nationaliser les scrutins locaux, réduisant les municipales à une simple pré-présidentielle. « Les municipales relèvent d’une autre grammaire électorale : autre mode de scrutin, autre temporalité, autre logique de mobilisation. Elles permettent d’identifier des tendances et des dynamiques, mais non d’anticiper un verdict national », nuance François Kraus dans la conclusion de son étude intitulée « Municipales 2026 : prémices de la présidentielle ? ».
À dix jours du premier tour, l’Ifop et l’Institut Terram dévoilent les résultats de leur enquête menée auprès de 10 000 personnes. Les principaux enseignements révèlent un souhait de victoire du RN en hausse, un reflux des écologistes, une droitisation des priorités des électeurs, une résistance du PS, un macronisme devenu radioactif et une imbrication complexe des dynamiques locales et nationales.
Les priorités des Français : sécurité et gestion des finances
L’étude montre que la hausse attendue de la participation correspond surtout à une remobilisation de l’électorat aisé et âgé. Les priorités des Français pour ce scrutin sont claires : la sécurité (75 %) et la gestion des finances (70 %). « Globalement, les thématiques dominantes tournent autour de ‘l’ordre dans les rues comme dans les comptes’. Le slogan d’Édouard Philippe correspond assez bien aux attentes des Français », explique François Kraus.
Cette aspiration peut logiquement profiter aux sortants de droite, qui bénéficient du souhait de réélection le plus élevé. Cependant, l’existence d’une aspiration droitière ne signifie pas automatiquement que les candidats de droite modérée apparaissent comme les plus crédibles pour y répondre. Un quart des Français souhaitent sanctionner le gouvernement, un niveau comparable à 2008 et 2014, qui avait débouché sur des revers importants pour les candidats de l’exécutif.
Le RN en tête des souhaits de victoire, mais des obstacles structurels
Le Rassemblement national est en tête des souhaits de victoire, avec 28 % des Français espérant que le parti de Jordan Bardella s’empare du plus grand nombre de mairies, soit une hausse de 15 points par rapport à 2020. Pourtant, « le RN pourrait progresser en voix sans transformer pleinement cette dynamique en victoires municipales », souligne l’étude.
Le problème structurel du RN tient à son implantation locale. Il est souvent fort dans des communes peu peuplées où il n’est pas présent ou pas clairement étiqueté. En l’état des sondages, on ne peut exclure une potentielle « marée bleu marine » très localisée dans le sud de la France, où l’électorat est plus âgé, plus aisé et plus conservateur.
Le camp macroniste en danger, LFI limité par son implantation
Le camp macroniste est celui qui est le plus en danger. Édouard Philippe, malgré ses prises de distance avec le président, se situe à un niveau inférieur à celui de 2020 et n’est pas épargné par la vague dégagiste. Comme lors des législatives de 1997, on pourrait se retrouver avec une vague de triangulaires qui incluent le RN et qui ferait perdre la droite macronisée.
Quant à La France insoumise, son vivier électoral – constitué de jeunes, de personnes de confession musulmane ou issues des quartiers populaires – est celui qui est le plus susceptible de s’abstenir. LFI souffre d’un déficit d’implantation locale, similaire à celui du RN à l’époque de Jean-Marie Le Pen. Le parti peut progresser au détriment de la gauche socialiste et écologiste, mais il restera davantage un spectateur qu’un acteur central.
Reflux des écologistes et résilience du PS
L’enquête montre que 30 % des électeurs ayant voté pour un maire écologiste regrettent leur choix, et que l’environnement recule dans les priorités. En 2020, il s’agissait plutôt d’une « vaguelette » concentrée dans une dizaine de grandes villes, favorisée par le contexte du Covid. Aujourd’hui, tout le monde est sur le ring, et il sera compliqué pour les écologistes de se maintenir dans des villes comme Lyon ou Strasbourg.
Le Parti socialiste, en revanche, apparaît plutôt gagnant en termes d’image. Il n’est pas associé au bilan du macronisme et figure parmi les formations pour lesquelles le souhait de victoire est le plus élevé. La progression de LFI peut entraîner une légère érosion, mais dans l’ensemble des villes dirigées par le PS, la situation semble relativement solide.
Conclusions pour la présidentielle : prudence de mise
Pour le RN, ce scrutin peut renforcer son récit de progression. Pour LFI, il peut inaugurer un rapport de force plus tendu avec le PS dans les grandes villes et replacer le parti au cœur des débats internes à la gauche. Quant au camp macroniste, c’est lui qui est le plus en danger. Édouard Philippe a pris un risque en disant qu’il retirera sa candidature à la présidentielle en cas de défaite au Havre, ce qui peut impacter l’offre électorale macroniste.
En définitive, les municipales permettent d’identifier des tendances, mais il faut rester prudent quant à leur extrapolation pour la présidentielle. Les dynamiques locales et nationales s’imbriquent de manière complexe, et chaque scrutin conserve sa propre logique.



