Le bilan cinglant de la gauche radicale après les municipales bordelaises
L'heure est au débriefing pour la gauche radicale bordelaise, qui a significativement influencé le résultat des élections municipales sans parvenir à faire réélire le maire sortant écologiste. Philippe Poutou, avec un score de 5,14%, analyse sa défaite tout en fustigeant, à l'instar de Petra Bernus de Révolution permanente, le bilan de la majorité sortante.
« Quand la gauche ne mène pas une politique de gauche, elle se fait dégager »
L'ancienne sensation du scrutin de 2020, qui avait réussi à se qualifier pour une triangulaire au second tour lui offrant six ans dans l'opposition, a été éliminé cette année en raison de l'atomisation de l'extrême gauche. Devant sa librairie des 400 Coups, en marge de la venue du chanteur Renaud, le figure anticapitaliste a tiré une leçon sans concession ce samedi 28 mars.
« Si la gauche ne s'attaque pas aux inégalités sociales quand elle est au pouvoir, quand est-ce que ça se fera ? », interroge-t-il avec amertume. « Quand on écrira l'histoire des municipales 2026 à Bordeaux et les raisons qui ont poussé les électeurs de gauche – au sens large – à ne pas se mobiliser pour réélire le premier maire écologiste de Bordeaux, on réécoutera ce débrief », prédit-il.
Trois fois candidat à l'élection présidentielle, Philippe Poutou avait conduit en 2020 la liste Bordeaux en luttes au second tour avec le soutien de La France insoumise, obtenant 9,39%. Une union qu'il n'a pas reconduite cette année, pointant des désaccords de fond avec LFI. « On s'en fout qu'ils aient perdu, quelque part ils le méritent », lance-t-il à propos de la défaite de l'équipe de Pierre Hurmic.
Un poids électoral significatif mais fragmenté
Pourtant, la gauche de la gauche a pesé lourd dans le scrutin :
- 17 000 voix au premier tour, soit 17% des suffrages
- Réparties entre l'insoumis Nordine Raymond (9,36%)
- L'anticapitaliste Philippe Poutou (5,14%)
- Medhi Saboulard avec sa liste « des quartiers » (1,79%)
- La « révolutionnaire » Petra Bernus (0,89%)
- Lutte ouvrière (0,36%)
- NPA Révolutionnaires (0,21%)
Ce vote fragmenté n'a pas profité au maire écologiste sortant au second tour, où il lui a manqué moins de 2 000 voix pour l'emporter face à Thomas Cazenave. « C'est dire l'ampleur du malentendu à gauche », souligne l'analyse post-électorale.
Critiques acerbes contre « l'écologie bourgeoise »
Petra Bernus, figure de proue de Révolution permanente, ne mâche pas ses mots : « La politique d'Hurmic n'était qu'un vernis vert sur une politique totalement à droite, ne suscitant aucun engouement du peuple de gauche à se mobiliser pour sa continuité ». Avec ses 0,89%, soit 895 électeurs, elle représente pourtant l'équivalent de la moitié de l'écart entre Pierre Hurmic et Thomas Cazenave au second tour.
Nordine Raymond, de La France insoumise, avait attaqué dès le début de campagne : « De trahison en trahison, c'est compliqué pour nous de se ranger derrière Pierre », accusant l'ancien maire d'« une désunion voulue et assumée ».
Philippe Poutou, qui s'était clairement positionné dans l'opposition à Hurmic et à l'« écologie bourgeoise » durant le mandat précédent, résume : « Il faut que ça pète dans la rue. Mais quand ? On attend ».
L'ex-majorité retrouve des accents radicaux
Dans l'opposition, les anciens adjoints retrouvent une rhétorique combative. Olivier Escots, l'ex-adjoint communiste au handicap et à la lutte contre les discriminations, évoque un « contexte local désormais livré au macronisme allié à une vieille droite mal recyclée ».
Didier Jeanjean, ex-adjoint à la nature en ville, promet carrément « un mandat de combat » tout en rappelant que le résultat très serré « oblige » le nouveau maire à « entendre les 47 000 électeurs de la gauche et des écologistes ».
Petra Bernus enfonce le clou en évoquant le « tabou historique à gauche » d'avoir armé la police municipale, et revendique un « électorat travailleur et jeune, mobilisé sur un programme d'indépendance de classe clair », renvoyant LFI à son « terrain institutionnel » et Poutou à sa volonté « d'exister de manière indépendante ».
Le constat est sans appel : « La réélection d'Hurmic n'aurait pas constitué une victoire pour notre camp social », assène-t-elle, accusant la majorité sortante de porter « un bilan sécuritaire, répressif et anti-ouvrier » pour n'avoir pas empêché la gentrification.



