Cessez-le-feu USA-Iran : le Pakistan s'impose comme médiateur clé
Pakistan médiateur clé dans le cessez-le-feu USA-Iran

Un accord précaire mais historique négocié par Islamabad

Le 7 avril, un cessez-le-feu conclu entre Washington et Téhéran, grâce à la médiation active du gouvernement pakistanais, a permis la suspension des frappes aériennes sur l'Iran et une réouverture partielle du stratégique détroit d'Ormuz. Bien que cet accord demeure fragile, comme en attestent les récentes frappes israéliennes au Liban, il marque une avancée diplomatique significative. Le vice-président américain J.D. Vance se rendra d'ailleurs à Islamabad le vendredi 10 avril pour négocier directement avec une délégation iranienne, confirmant le rôle central du Pakistan dans ce processus de paix.

Le maréchal Asim Munir, architecte des négociations

Au cœur de cette médiation se trouve l'homme fort du Pakistan, le maréchal Asim Munir. « Lors du second mandat de Donald Trump, Asim Munir est devenu très proche du président américain, qui l'a pris en affection. C'est donc le maréchal qui est le principal responsable des négociations actuelles entre l'Iran et les États-Unis » explique Kamal Alam, chercheur senior non-résident à l'Atlantic Council.

« En juin dernier, pendant la visite d'Asim Munir à Washington, alors que les États-Unis menaient leurs premières frappes contre l'Iran, Trump avait reconnu l'expertise pakistanaise en matière iranienne », rappelle cet expert. « Le Pakistan dispose de beaucoup d'informations sur l'Iran, car leurs services se livrent une véritable guerre du renseignement. » Selon l'agence Reuters, le maréchal Munir aurait passé la nuit de dimanche à lundi au téléphone pour présenter une proposition de cessez-le-feu à Téhéran, surnommée « les accords d'Islamabad ».

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Un plan en dix points pour une désescalade cruciale

Le gouvernement pakistanais a présenté un plan détaillé en dix points, incluant notamment :

  • La levée progressive des sanctions internationales contre le régime iranien
  • Le maintien du contrôle de Téhéran sur le détroit d'Ormuz
  • La fin des frappes aériennes contre les alliés régionaux de l'Iran

Cette dernière demande iranienne n'a cependant pas été respectée par Israël, qui a poursuivi sa campagne de bombardements contre le Hezbollah au Liban. Mais selon Kamal Alam, « quelle que soit l'issue de ce cessez-le-feu, il s'agit déjà d'une victoire diplomatique pour le Pakistan. La crédibilité internationale d'Islamabad s'en retrouve considérablement renforcée. »

Stabilité intérieure et risques régionaux

Pour le gouvernement pakistanais, une désescalade rapide est essentielle à la stabilité intérieure du pays. « Le Pakistan a un réel intérêt à ce que la crise se termine rapidement car il est particulièrement vulnérable aux conséquences du conflit sur les plans sécuritaire et économique », résume Michael Kugelman, qui travaille également pour l'Atlantic Council.

Islamabad poursuit un objectif de paix durable entre les États-Unis et l'Iran, notamment parce que les deux pays partagent une frontière de plus de 900 kilomètres. Cette région frontalière est en proie depuis des décennies aux mouvements séparatistes baloutches, qui mènent régulièrement des attaques contre les forces armées pakistanaises.

Les craintes d'un entraînement forcé dans le conflit

« La frontière avec l'Iran est explosive, même en temps de paix, donc les risques de débordement du conflit qui durerait y sont élevés », constate Michael Kugelman. Il ajoute que d'autres menaces pèsent sur Islamabad : « Le Pakistan dépend des importations énergétiques du Moyen-Orient et dispose d'une importante population chiite. Pour lui, les implications d'une guerre longue pourraient être considérables. »

Le pays abritant en effet l'une des plus grandes communautés chiites du monde, le gouvernement pakistanais craint qu'un conflit prolongé ne pousse cette minorité aux pires violences. Au lendemain de la mort de l'Ayatollah Khamenei, des émeutiers chiites avaient pris d'assaut le consulat américain à Karachi, la plus grande ville et poumon économique du pays.

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Le Pakistan redoute surtout d'être entraîné malgré lui dans le conflit si le cessez-le-feu n'est pas respecté : Islamabad a signé l'année dernière un pacte de défense avec l'Arabie saoudite. « Riyad met la pression sur le gouvernement pakistanais pour qu'il respecte l'accord », observe Kamal Alam. « Il est probable que le Pakistan ne pensait pas se retrouver dans une telle situation en signant ce pacte. Il se positionne comme médiateur pour s'assurer que l'Arabie saoudite ne sera pas attaquée. »

L'Inde, grande absente de la crise diplomatique

Même si les combats venaient à reprendre, le Pakistan a déjà marqué des points diplomatiques contre l'Inde, son ennemi historique. Le grand rival d'Islamabad a gardé ses distances avec le conflit, malgré ses bonnes relations avec tous les acteurs de la crise. « L'Inde disposait historiquement d'un poids diplomatique important, mais son influence s'est progressivement diluée car, pour le reste du monde, l'Inde est perçue comme s'écartant de sa politique de non-alignement, se rapprochant davantage des États-Unis et d'Israël », analyse Shantie D'Souza, fondatrice de l'Institut Mantraya pour les études stratégiques.

New Delhi aurait ainsi pu jouer un rôle plus important dans la résolution de la guerre. « Historiquement, l'Inde entretient une très bonne relation avec l'Iran », rappelle Shantie D'Souza. « New Dehli aurait pu jouer un rôle plus important dans les négociations. C'est une lacune de la diplomatie indienne de ne pas avoir su exploiter les opportunités que ce conflit lui offrait pour jouer le rôle de médiateur. » Cependant, la prudence de l'Inde lui a peut-être permis de compter parmi les premiers pays à qui Téhéran a accordé un droit de passage dans le détroit d'Ormuz.

Le Pakistan dans le Grand Jeu des puissances

La géopolitique ayant, comme la nature, horreur du vide, le Pakistan s'est engouffré dans cet espace diplomatique laissé vacant. Selon Shantie D'Souza, Islamabad « navigue avec habileté dans le Grand Jeu entre les États-Unis et la Chine. Le gouvernement pakistanais cherche à tirer parti des rivalités entre les grandes puissances. » Car c'est peut-être plus à Pékin qu'à Islamabad que les modalités d'un cessez-le-feu durable se décideront, tant Téhéran dépend économiquement du régime chinois pour sa stabilité et son développement.

Cette médiation pakistanaise représente donc un tournant stratégique dans les relations internationales, positionnant Islamabad comme un acteur diplomatique incontournable dans une région en proie aux tensions depuis des décennies. Les prochains jours, avec la visite du vice-président américain, seront déterminants pour la pérennité de cet accord fragile mais porteur d'espoir.