Leïla Shahid, une voix palestinienne majeure en France, nous a quittés
Pendant trois décennies, Leïla Shahid a incarné avec force et conviction la cause palestinienne en France. Son charisme et son autorité naturelle transparaissaient à chaque intervention, faisant d'elle une figure marquante et vibrante. Elle s'est éteinte ce 18 février, à l'âge de 76 ans. Selon ses proches, gravement malade et profondément affectée par la tragédie humanitaire à Gaza ainsi que par la spirale dévastatrice suivant les massacres du 7 octobre en Israël, elle a mis fin à ses jours.
Un parcours d'engagement précoce et international
Son engagement politique a débuté dès l'adolescence au Liban. Polyglotte, aussi à l'aise en anglais qu'en français, cette proche de Yasser Arafat et de l'écrivain Jean Genet a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, notamment en Irlande et au Danemark. Elle a ensuite servi comme déléguée de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, puis à Bruxelles auprès de l'Union européenne de 2005 à 2015.
Des hommages unanimes pour une militante de la paix
Les réactions à son décès ont été nombreuses et empreintes de respect. Dominique de Villepin a souligné : « Elle fut de celles et ceux qui crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste au Proche-Orient ». Martine Aubry a évoqué une « inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël ». Hubert Védrine a salué une « personnalité exceptionnelle », qui « n'a jamais abandonné l'idée de la solution à deux États ». Même Yehouda Lancry, ambassadeur d'Israël à Paris de 1992 à 1995, a rendu hommage en écrivant : « repose en paix, sœur Leïla ».
Une diplomate aux convictions fermes et ouvertes
L'existence de Leïla Shahid offre des leçons universelles sur l'art d'articuler les contraires. Elle savait être à la fois militante et diplomate, chaleureuse et intransigeante, ferme dans ses convictions tout en restant ouverte au compromis. Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, se souvient : « C'était une défenseuse véhémente de la cause palestinienne et en même temps tendue vers la paix ».
Intraitable face à l'antisémitisme, elle n'hésitait jamais à interpeller, souvent vivement, ses « amis israéliens ». Elle fut une fervente avocate des accords d'Oslo, qui avaient suscité en 1993 un immense espoir en ouvrant un chemin fragile vers une coexistence durable entre Israël et Palestine. « La paix des braves », comme le disait Yasser Arafat.
Un héritage dans un contexte de tensions accrues
Malheureusement, les « braves » ont perdu la bataille. Des deux côtés, les artisans du pire ont pris le pouvoir : les terroristes islamistes du Hamas et les suprémacistes du côté israélien. L'époque où une espérance de paix était encore possible, portée vaillamment par des personnalités comme Leïla Shahid, paraît aujourd'hui terriblement lointaine. Son décès rappelle cruellement combien les perspectives de dialogue et de réconciliation se sont éloignées dans un Proche-Orient en proie à des violences incessantes.
Leïla Shahid laisse derrière elle un héritage complexe, celui d'une femme qui a su allier engagement passionné et pragmatisme diplomatique, dans une quête incessante de justice et de paix. Son absence sera profondément ressentie dans les cercles diplomatiques et parmi tous ceux qui croient encore à la possibilité d'une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien.



