Une tournée internationale sous le signe de l'échec pour le vice-président américain
Air Force Two, l'avion officiel du vice-président américain, a brûlé une quantité considérable de kérosène la semaine dernière pour une tournée diplomatique qui s'est révélée désastreuse. À bord, JD Vance, coiffé de sa casquette emblématique du mouvement MAGA, s'est envolé pour l'Europe et l'Asie tandis que le secrétaire d'État Marco Rubio restait aux États-Unis, occupé à assister à un combat de MMA aux côtés de Donald Trump à Miami.
Le soutien contre-productif à Viktor Orban en Hongrie
La première étape de cette tournée calamiteuse a conduit Vance à Budapest, où il devait soutenir l'allié européen indéfectible des États-Unis, Viktor Orban, souvent qualifié de champion de la démocratie illibérale. Le 7 octobre, le vice-président américain est monté sur scène aux côtés du Premier ministre hongrois, allant jusqu'à appeler Donald Trump en direct devant la foule. Dans un discours enflammé, il a accusé l'Union européenne d'ingérence électorale, déclarant : « L'Union européenne est l'un des pires exemples d'ingérence électorale étrangère que j'aie jamais vus. Tout ça parce qu'ils détestent ce gars ».
L'ironie de la situation était pourtant palpable : un vice-président américain traversant l'Atlantique pour influencer un scrutin national tout en dénonçant l'ingérence des voisins. Ce voyage n'aura pas suffi à sauver Viktor Orban, qui a été sèchement battu par son opposant Péter Magyar, engagé à sortir le pays de l'ornière illibérale. Pire encore, le label MAGA semble avoir agi comme un répulsif électoral, les sondages s'étant encore détériorés pour le camp du Premier ministre sortant après la venue de Vance.
Le système Orban, caractérisé par un mélange de corruption systémique, de justice aux ordres, d'universités sous contrôle et de médias dociles, a fini par lasser les Hongrois. Cette chute de la maison Orban pourrait être interprétée comme un mauvais présage pour les trumpistes, tandis qu'elle représente une excellente nouvelle pour l'Europe et l'Ukraine. Volodymyr Zelensky a salué cette défaite, qui devrait enfin permettre le déblocage du prêt européen de 90 milliards d'euros que la Hongrie retenait, dont les deux tiers seront consacrés à l'industrie de défense ukrainienne.
Le fiasco des négociations avec l'Iran au Pakistan
Après l'échec hongrois, JD Vance est remonté dans son avion direction Islamabad, où se tenaient des négociations cruciales avec l'Iran pour tenter de sortir de l'impasse au Moyen-Orient. Téhéran a habilement déplacé le conflit autour du détroit d'Ormuz, mettant les États-Unis dans une situation délicate. Malgré les messages de défi de Donald Trump, cette guerre qui dure depuis 45 jours coûte cher et menace l'économie mondiale, avec une hausse de 25% du prix de l'essence aux États-Unis entre février et mars.
La mission de Vance était de débloquer cette situation explosive, mais là aussi, c'est l'échec complet. Le contenu des négociations d'Islamabad est resté secret, mais les observateurs retiennent l'image d'un diplomate américain novice face à des négociateurs iraniens rompus à l'art de la diplomatie et de l'esbroufe. Comme le rappelle l'ancien négociateur Gérard Araud, qui a participé aux pourparlers aboutissant à l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien : « Négocier avec les Iraniens est l'équivalent diplomatique d'une guerre de tranchées. Ligne par ligne, mot par mot ».
Vance a pourtant opté pour une approche radicalement différente, de style bulldozer : « Nous repartons avec une proposition simple, c'est notre dernière et meilleure offre. Nous verrons si les Iraniens l'acceptent », a-t-il déclaré avant son départ. Téhéran a immédiatement opposé une fin de non-recevoir à cette offre, laissant les négociations dans l'impasse. À Washington, Donald Trump a perdu patience et annoncé sur ses réseaux sociaux son intention de bloquer lui-même le détroit d'Ormuz.
Les limites de la diplomatie trumpienne
Cette double déconvenue diplomatique soulève des questions fondamentales sur la stratégie internationale de l'administration américaine. Pourquoi Donald Trump a-t-il envoyé Vance en Hongrie soutenir un candidat déjà condamné par les sondages ? Comment imaginer dénouer la pire crise mondiale du moment en quelques heures de négociations au Pakistan ?
Ces échecs mettent en lumière les limites de la diplomatie trumpienne, caractérisée par un mélange de brusquerie et d'improvisation, parfois payant mais souvent inopérant. Le constat est amer : le vice-président américain n'a décidément pas de chance à l'international. Lors de sa précédente tournée d'envergure il y a un an, il s'était rendu au Vatican puis en Inde. Peu après, le pape François mourait et l'Inde connaissait le pire attentat terroriste depuis les attaques de Bombay en 2008. Certains commencent à surnommer JD Vance « JD la scoumoune », tant sa malchance diplomatique semble systématique.
La défaite d'Orban en Hongrie représente également une très mauvaise nouvelle pour Vladimir Poutine, alors que les slogans « les Russes dehors » ont retenti dans un pays qui n'a pas oublié 1956. Elle prouve surtout que la montée des populismes n'est pas une fatalité et que les électeurs peuvent rejeter les régimes autoritaires. Au sein de l'opposition hongroise, on craignait le pire : contestation des résultats ou refus de la transition, à l'image de l'assaut du Capitole américain en janvier 2021. Mais Orban n'a pas suivi l'exemple trumpien et a reconnu sa défaite, démontrant une déconnexion profonde entre les deux rives de l'Atlantique.



