Malgré les tensions ambiantes et les risques sécuritaires après la tentative d'attaque qui a visé Donald Trump dimanche, le roi Charles III et la reine Camilla arrivent ce lundi 27 avril à Washington, a confirmé Buckingham Palace. Pendant quatre jours, le souverain britannique assistera aux célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance américaine. Une visite d'une importance particulière qui s'inscrit dans un contexte de crise diplomatique quasi inédite entre Washington et Londres.
Un contexte diplomatique tendu
Quelques semaines plus tôt, Donald Trump, frustré par le refus britannique de se joindre à la guerre en Iran, avait qualifié le Premier ministre britannique, Keir Starmer, de "loser" et de "Winston Churchill de pacotille". Quant aux avions de combat londoniens, ils ne sont que des "jouets" à côté de l'arsenal américain, avait raillé le milliardaire. Vendredi encore, le locataire de la Maison-Blanche a dégainé une nouvelle fois la menace des droits de douane, frustré par la taxe britannique sur la tech.
Toutefois, face à ces tensions, Donald Trump a tenu à rassurer : la visite du roi Charles peut "tout à fait" recoller les morceaux entre les deux nations anglo-saxonnes. "C'est très risqué, très important et très prometteur", résume une source royale auprès de la BBC. De son côté, le Wall Street Journal analyse : "Le roi est déployé par le gouvernement britannique comme une sorte de coup de poker diplomatique, visant non seulement à adoucir l’atmosphère entre le président et le Premier ministre, mais aussi à faire discrètement comprendre à Trump l’importance des alliés, notamment l’Otan et d’autres institutions multilatérales qui soutiennent la sécurité européenne."
Une mission d'apaisement
Même si le monarque doit se tenir à distance de la politique, le Royaume-Uni espère remplir sa mission d'apaisement. Au programme : un discours du roi devant le Congrès américain - une première depuis 1991 - à l'occasion duquel il mettra l'accent sur le soutien à l'Otan, la protection de l'Ukraine et la signature d'accords commerciaux entre le Royaume-Uni et les États-Unis. La BBC anticipe aussi une série de "références à la mère écossaise de Donald Trump et de plaisanteries sur George III qui a perdu sa colonie". Pour remplir cet exercice de diplomatie crucial et périlleux, "le ministère des Affaires étrangères [britannique] scrutera la moindre nuance dans son discours", relève le média. Ensuite, le couple royal participera à un dîner d'État à la Maison-Blanche, puis à des visites à New York et en Virginie, première colonie anglaise aux États-Unis.
L'admiration de Trump pour le roi
À ces occasions, Charles III pourra s'entretenir en privé, dans un cadre plus informel avec Donald Trump qui n'a jamais dissimulé son affection pour le souverain. "Le roi Charles va venir, et c'est quelqu'un de formidable. Nous avons hâte de le voir. C'est vraiment une personne fantastique", s’était-il réjoui au micro de Fox News, dimanche, après que le monarque a confirmé le déplacement malgré la fusillade. Quelques jours plus tôt, il avait également salué "un homme courageux, et un grand homme", auprès de la BBC. Un signe d'autant plus encourageant que, lors de cette même interview, Donald Trump s'était montré moins clément à l'égard de Keir Starmer, qui ne pourra "se rattraper" que s'il change de cap en matière d'immigration, faute de quoi il "n'a pas la moindre chance".
De plus, l'intérêt que porte le milliardaire à l'étiquette royale pourrait aussi servir à rétablir la "relation spéciale" entre les deux pays anglo-saxons. En 1987, bien avant son ascension politique, Donald Trump avait couché par écrit son admiration pour Elizabeth II dans "The Art of the Deal" - traduit "Trump par Trump", en français. Il y a sept mois, lors de sa visite à Windsor Castle, à Londres, il avait également rendu hommage au faste de la tradition royale britannique. Pour accueillir le monarque, Donald et Melania Trump se sont personnellement impliqués dans l'organisation, indique CNN, signe de l'importance que le couple présidentiel porte à ses convives.
Une admiration à sens unique ?
"Il est difficile de dire si cette admiration est réciproque. Car lorsqu’on interroge des initiés sur la façon dont le roi perçoit Donald Trump, ceux-ci ont tendance à répéter à quel point Donald Trump admire le roi", souligne la BBC. Toutefois, les enjeux diplomatiques de cette visite n'échappent pas à Charles III. "Ce voyage ne concerne pas uniquement le locataire de la Maison-Blanche. Il porte sur les États-Unis et l'histoire commune des deux pays", souligne CNN.
Des embûches persistantes
Malgré les démonstrations publiques d'affection de Washington, la visite royale ne vient pas sans son lot d'embûches. Déjà, le déplacement intervient dans un contexte sensible, marqué par l'affaire Epstein qui implique directement la famille royale. Le frère du monarque Andrew Mountbatten-Windsor a été mis en cause dans le dossier, arrêté en février, et fait toujours l'objet d'investigation.
De plus, certains responsables britanniques craignent l'impulsivité caractéristique du président qui pourrait le conduire à évoquer publiquement ses désaccords avec Keir Starmer, relève la BBC. Une peur partagée outre Atlantique : "Je ne sais pas s'il fera preuve de discipline. Le spectacle Trump ne s'arrête pas simplement parce que le roi est en ville", confiait un ancien conseiller principal sous l'administration Obama. Aussi, tout "le programme semble conçu pour éviter toute conversation informelle en public", ajoute la chaîne britannique.
Pour l'ensemble de ces raisons, la visite de Charles III ne fait pas l'unanimité au Royaume-Uni. Plusieurs responsables politiques ont demandé son annulation. Parmi eux, Ed Davey, leader des libéraux-démocrates : "notre Premier ministre ne peut tout de même pas envoyer notre roi rencontrer un homme qui traite notre pays comme un chef mafieux qui rackette tout sur son passage", avait déclaré l'élu au Parlement. Selon un sondage YouGov publié jeudi, près d'un Britannique sur deux serait opposé au déplacement royal.



