Le « JDD » de Bolloré ou le retour des vieilles méthodes pamphlétaires de l’extrême droite
Dans son édition du 26 avril, l’hebdomadaire a publié une « enquête » sur le groupe WhatsApp des auteurs qui ont quitté Grasset. Insinuations, outrances, faits alternatifs… de quoi rappeler les pires dérives de la presse réactionnaire.
Par Elisabeth Philippe. Publié le 27 avril 2026 à 18h30. Lecture : 4 min. Abonné.
« Enquête » ! « Scandale » ! Mais que contiennent donc les deux pleines pages du « JDD » du 26 avril, surmontées de ces termes tonitruants ? Des révélations fracassantes sur l’affaire des « ports africains » pour laquelle Vincent Bolloré, propriétaire du « JDD », devrait être jugé en décembre ? Un scoop sur Jean-Marc Morandini, ex-animateur de CNews – autre propriété du milliardaire réactionnaire –, condamné pour « corruption de mineurs » ? Des informations d’une quelconque nature ? Non, bien mieux que ça : des insinuations, des amalgames, des faits alternatifs. Et des coulées de fiel.
Sous la plume de Pascal Meynadier, son télégraphiste le plus zélé, l’hebdomadaire d’extrême droite promet « une plongée dans les échanges du Tout-Paris médiatique », autrement dit une immersion dans la boucle WhatsApp des près de 300 auteurs qui ont quitté Grasset depuis le limogeage d’Olivier Nora. L’article, réservé aux abonnés, se veut une plongée au cœur de la révolte des écrivains, mais il n’est en réalité qu’un prétexte pour ressasser les vieilles ficelles de la propagande réactionnaire.
Le journaliste y dresse un portrait peu flatteur de ces auteurs, les présentant comme des privilégiés du microcosme parisien, tout en insinuant que leur départ est motivé par des intérêts bassement matériels plutôt que par des convictions. Les extraits de conversations WhatsApp, soigneusement sélectionnés, sont sortis de leur contexte pour donner une image caricaturale du groupe. On y trouve des accusations de « censure », de « pensée unique », et des appels à la « résistance » qui frisent le ridicule.
Mais le plus grave est ailleurs. L’enquête du JDD ne se contente pas de déformer la réalité : elle invente des faits. Ainsi, l’article affirme que certains auteurs auraient reçu des menaces de mort, ce qu’aucun d’entre eux n’a confirmé. Il évoque également des « pressions » exercées par la direction de Grasset pour les empêcher de s’exprimer, alors que les intéressés démentent formellement. Ces « faits alternatifs », pour reprendre le terme cher à l’extrême droite, sont présentés comme des vérités établies, sans aucune vérification.
Cette dérive n’est pas nouvelle. Depuis que Vincent Bolloré a pris le contrôle du JDD en 2023, le journal a progressivement abandonné toute prétention à l’objectivité pour devenir le porte-voix de ses obsessions idéologiques. Les méthodes sont toujours les mêmes : stigmatiser les élites, flatter les ressentiments, et diaboliser les adversaires. L’enquête sur les auteurs de Grasset s’inscrit dans cette logique : il s’agit de discréditer ceux qui osent critiquer le système Bolloré, en les présentant comme des hypocrites ou des comploteurs.
En définitive, ce « JDD » du 26 avril n’est pas un journalisme d’investigation, mais un pamphlet déguisé. Il marque le retour des vieilles méthodes de l’extrême droite, celles qui consistent à utiliser la presse non pas pour informer, mais pour manipuler. Une triste illustration de ce que devient un média quand il est aux mains d’un milliardaire sans scrupules.



