Élection surprise au Pays basque : l'accord abertzale met fin à dix ans de présidence Etchegaray
Pays basque : l'accord abertzale renverse la présidence Etchegaray

Un séisme politique au Pays basque

Ce samedi 11 avril, l'auditorium de la Cité des arts à Bayonne a été le théâtre d'un véritable coup de tonnerre politique. Contre toute attente, l'accord de dernière minute entre les deux élus abertzale Alain Iriart et Peio Etxeleku a mis un terme à dix années de présidence de Jean-René Etchegaray à la tête de la Communauté d'agglomération du Pays basque (CAPB). Le Pays basque intérieur a ainsi pris le pouvoir après une décennie de règne du maire de Bayonne.

Un vote à suspense jusqu'au dernier moment

À l'issue de deux tours de scrutin à bulletins secrets des 232 élus du conseil communautaire, Alain Iriart a finalement été élu président de la CAPB avec 119 voix. Cette victoire a été rendue possible par le désistement stratégique de Peio Etxeleku en sa faveur après le premier tour. Le front abertzale a ainsi eu raison du président sortant, qui n'a recueilli que 102 voix, créant une surprise inattendue dans le paysage politique basque.

Quatre candidats s'étaient initialement présentés pour cette élection : Jean-René Etchegaray (maire de Bayonne, Renaissance), Peio Etxeleku (maire de Cambo-les-Bains, Parti national basque), Alain Iriart (maire de Saint-Pierre-d'Irube, EH Bai) et Pascal Lesellier (conseiller municipal à Bayonne, extrême droite).

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L'accord décisif entre les deux abertzale

Après le dépouillement du premier tour, le suspense était à son comble. Sur les 227 suffrages exprimés parmi les 232 votants (avec un bulletin nul et quatre blancs), Jean-René Etchegaray était arrivé en tête avec 99 voix, suivi de près par Alain Iriart avec 80 voix. Peio Etxeleku avait obtenu 49 voix tandis que Pascal Lesellier n'en avait récolté qu'une seule, ce qui l'avait immédiatement conduit à se retirer.

Alain Iriart a alors demandé une suspension de séance pour aller négocier avec Peio Etxeleku. Les deux hommes se sont isolés près des isoloirs pendant quelques minutes, à l'écart de la foule des élus. À la reprise de la séance, le maire de Cambo-les-Bains a annoncé qu'il se retirait de l'élection et qu'il « voterait pour Alain Iriart à titre personnel ».

Tout s'est donc joué sur cet accord entre les deux abertzale, le premier de gauche et le second de droite. Cependant, rien n'était garanti que les électeurs d'Etxeleku suivraient leur chef. Au final, seulement 17 voix ont séparé les deux finalistes, avec huit votes blancs et trois votes nuls supplémentaires.

Un engagement personnel fort

C'est avec une grande émotion que le maire de Saint-Pierre-d'Irube a pris la parole, la voix tremblante et les yeux rougis. Il a d'abord remercié ses électeurs, puis félicité Jean-René Etchegaray « du travail accompli pendant près de dix ans à la tête de la CAPB ». L'ancien président a reçu les applaudissements nourris de l'ensemble de l'hémicycle.

« Je n'avais pas imaginé un instant me retrouver à cette place. Comme je l'avais promis, je lâcherai mon poste de maire de Saint-Pierre-d'Irube pour être pleinement à vos côtés. C'est un engagement personnel très fort », a poursuivi le nouveau président, visiblement ému par sa victoire inattendue.

Les ressorts d'un désistement stratégique

Peio Etxeleku n'a pas souhaité s'exprimer à chaud devant la presse après l'élection. Forcément déçu d'arriver troisième du scrutin, il prend tout de même une petite revanche sur Jean-René Etchegaray. Deux ans plus tôt, ce dernier l'avait démis de ses fonctions de référent du projet de territoire pôle Errobi.

L'ex-président de la CAPB lui reprochait alors de ne pas avoir suffisamment condamné l'agression de Christian Devèze, ancien maire de Cambo-les-Bains, bousculé par des opposants au projet immobilier Marienia lors d'un conseil municipal. Cet épisode politique a sans doute pesé dans la décision de Peio Etxeleku de se désister, permettant ainsi à Alain Iriart, élu EH Bai, de prendre les rênes de la CAPB.

Etchegaray assume sa défaite

De son côté, Jean-René Etchegaray assure « ne pas être amer de ce résultat. Cette institution que j'ai voulue doit vivre sa vie démocratique, et la vie démocratique, c'est aussi se soumettre au vote ».

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Son socle électoral s'est progressivement disloqué au cours de son dernier mandat. De nombreux élus lui reprochaient une politique « déséquilibrée » en faveur des communes du littoral, au détriment de celles du Pays basque intérieur. Le maire de Bayonne n'a pas voulu expliquer les raisons précises de son échec mais assure avoir des « idées » pour l'avenir.

« Je vais garder cela pour une analyse que je sais pouvoir faire assez rapidement. L'institution est aujourd'hui posée. Elle sera certainement gérée d'une manière plus politique que je ne l'ai fait. L'avenir dira si c'est plutôt bien ou moins bien », a-t-il ajouté avec philosophie.

Un discours rassembleur pour l'avenir

Face aux élus puis aux médias, Alain Iriart a opté pour un discours résolument rassembleur, en prenant soin d'éviter tout discours politique partisan. Il avait d'ailleurs expliqué au journal « Sud Ouest » qu'il ne se présentait pas comme « porte-drapeau d'EH Bai ».

Le nouveau président a surtout prôné une gestion du territoire « plus équilibrée, de Larrau à Biarritz », en « privilégiant l'action communautaire plutôt que l'intérêt particulier », tout en prenant en compte « une diversité de sensibilités et de communes ».

Reste maintenant à désigner les vice-présidents et les élus des différents pôles. Le nouveau patron de la CAPB assure que l'exécutif « n'aura pas une couleur politique mais sera composé de différents élus avec des sensibilités très différentes ». Ils seront officiellement installés lors du prochain conseil, prévu le vendredi 24 avril, marquant ainsi le début d'une nouvelle ère pour la gouvernance du Pays basque.