Élection cruciale à la présidence de l'Agglomération d'Agen : un tournant pour le territoire
L'élection du président de l'Agglomération d'Agen, prévue ce jeudi 9 avril, représente un enjeu majeur pour l'avenir du territoire. En effet, les compétences étendues de cette intercommunalité influencent directement la vie quotidienne des habitants, couvrant des domaines essentiels comme l'eau, la collecte des déchets et les transports. Le conseil d'installation du Conseil communautaire se tiendra à partir de 18 heures en salle des Illustres de l'Hôtel de Ville d'Agen, avec pour point d'orgue ce scrutin déterminant.
Trois candidats en lice pour une succession disputée
Les 85 élus communautaires issus des 44 communes de l'agglomération devront choisir entre trois candidats annoncés. Laurent Bruneau, maire d'Agen, et Olivier Grima, élu de Castelculier et ancien vice-président à l'économie, sont les favoris pour succéder à Jean Dionis. Ils font face à Michaël Fargue, élu d'opposition à Agen sur une liste classée à l'extrême droite. Depuis l'élection municipale, les deux principaux prétendants ont multiplié les coups de téléphone, réunions et visites auprès des maires pour rallier des soutiens.
Un pouvoir grandissant et une légitimité en question
Au cours des vingt dernières années, les intercommunalités comme l'Agglo d'Agen ont vu leurs compétences s'élargir considérablement, renforçant ainsi leur pouvoir. Avec plus de 100 000 habitants et un budget dépassant 180 millions d'euros en 2025, cette agglomération est le poumon économique du département. Bruno André, préfet de Lot-et-Garonne, a souligné ce mercredi 8 avril que « l'intercommunalité est le vrai lieu du pouvoir ». Il a également noté que l'élection indirecte du président, par les conseillers communautaires, devrait faire l'objet d'une réflexion future, compte tenu du décalage entre la légitimité populaire du maire élu au suffrage universel et la réalité de son pouvoir.
Rapport de forces et scrutin serré
Le scrutin se déroulera sur un maximum de trois tours si aucun candidat n'obtient la majorité absolue aux deux premiers. Les communes disposent d'un nombre de délégués proportionnel à leur importance démographique :
- Agen : 24 sièges (dont 7 pour l'opposition)
- Le Passage : 6 sièges (dont 1 pour l'opposition)
- Boé et Bon-Encontre : 4 sièges chacune (dont 1 pour l'opposition)
- Foulayronnes : 4 sièges sans partage
- Pont-du-Casse : 3 sièges (dont 1 pour l'opposition)
- Colayrac et Layrac : 2 sièges chacune
- Les autres communes : 1 siège chacune
Selon les estimations, Laurent Bruneau bénéficierait d'un socle de 33 délégués, lui manquant 10 voix pour la majorité absolue. Olivier Grima, également confiant, pense pouvoir atteindre une majorité. Les soutiens à Michaël Fargue (au moins trois délégués), les délégués de Foulayronnes (quatre) et les maires des petites communes seront les arbitres de cette élection, promettant un résultat très serré.
Enjeux de la mutualisation des services
La mutualisation des services entre la mairie d'Agen et l'Agglo, concernant près de 1000 agents, ajoute une dimension particulière à ce scrutin. Si Laurent Bruneau n'est pas élu président, il se retrouverait dans une position délicate, contraint soit de collaborer avec le futur président qui aurait autorité sur l'administration commune, soit de défusionner. Olivier Grima privilégie la première option en cas de victoire, tandis que le maire d'Agen a déjà posé les jalons pour la seconde, invoquant la liberté d'administration des collectivités.
Instaurée en 2015 après des débats passionnés, cette mutualisation a été poussée plus loin qu'à la communauté urbaine de Bordeaux. Un rapport de la Cour des comptes de novembre 2025 a critiqué l'absence d'analyse financière sur les économies générées et alerté sur les risques de « démutualisation », notamment liés à la fin du cumul des mandats de président et de maire. Le futur président devra donc réfléchir à la gouvernance de l'Agglo d'Agen, qui n'a pas intégré l'idée démocratique qu'elle pourrait être assurée par une autre personne que le maire d'Agen.



