L'Agglomération Estérel-Côte d'Azur vote une hausse d'impôts malgré les tensions
Hausse d'impôts votée à l'Agglo Estérel-Côte d'Azur

Une décision fiscale qui divise l'agglomération varoise

La séance du conseil communautaire d'Estérel-Côte d'Azur Agglomération (ECAA), qui s'est tenue mercredi soir au palais des sports Jean-François Krakowski à Saint-Raphaël, a été marquée par des échanges particulièrement vifs autour du budget primitif et de la fiscalité locale. Comme pressenti lors de la séance d'installation du 3 avril dernier, la collectivité a effectivement opté pour une augmentation des impôts en 2026, une décision qui n'a pas manqué de susciter de vives réactions.

"Un rééquilibrage nécessaire" selon la majorité

Le cinquième vice-président Gilles Longo, en charge de la performance financière et de l'optimisation fiscale, a défendu cette hausse en invoquant un contexte géopolitique difficile marqué par de multiples crises successives. "Face à cette situation, un rééquilibrage est nécessaire après douze années complètes sans aucune augmentation", a-t-il argumenté. Il a précisé que les communes membres avaient choisi de maintenir des investissements structurants essentiels pour l'avenir, concernant notamment l'approvisionnement en eau, le traitement des déchets, la propreté urbaine, le tourisme, les équipements publics et les nouveaux transferts de compétences. "Il convient de rééquilibrer les taux d'imposition intercommunaux pour cette année 2026", a-t-il insisté.

Concrètement, les nouveaux taux de fiscalité directe locale appliqués par l'ECAA pour l'année 2026 seront les suivants :

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  • Taxe d'habitation (TH) : 11,66 %
  • Taxe foncière sur les propriétés bâties (TFB) : 3,59 %
  • Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB) : 5,14 %
  • Cotisation foncière des entreprises (CFE) : 28,46 %

L'opposition dénonce un "braquage en règle"

Dans les rangs de l'opposition, l'élu fréjusien Mickaël Camilleri, membre de la liste d'Emmanuel Bonnemain, a vivement critiqué cette décision, la qualifiant sans ambages de "braquage en règle". "Plus de trois millions d'euros supplémentaires sur la taxe d'habitation des résidences secondaires, et surtout, celle qui fait le plus mal : la taxe foncière sur le bâti, dont le produit fait plus que doubler", a-t-il détaillé. Il a dénoncé "un choc fiscal sans précédent et extrêmement brutal", mettant en cause la sincérité de la majorité durant la campagne des municipales de mars dernier. "Aucun d'entre vous n'a évoqué le fait que, dès le lendemain des élections, on allait faire exploser les impôts. Le pacte démocratique ne tient plus et la légitimité de ce type de décision encore moins", a-t-il asséné.

Le président relativise l'impact sur les contribuables

Le président de l'agglomération et maire de Saint-Raphaël, Frédéric Masquelier, a immédiatement rejeté le terme de "braquage". Pour étayer son propos, il a présenté une étude sur l'impact concret de cette hausse, commandée à ses services. "Si on prend un appartement de type T2 de 50 mètres carrés situé à Fréjus, l'augmentation sera de 7,58 euros par mois. Je ne suis pas fumeur, mais il me semble que c'est moins qu'un paquet de cigarettes", a-t-il illustré. Il a poursuivi avec d'autres exemples : "Pour une maison de 120 mètres carrés à Saint-Raphaël, l'augmentation sera de 12,67 euros mensuels. Là encore, c'est moins qu'un paquet de cigarettes. Pour une maison de 180 mètres carrés à Boulouris, l'augmentation mensuelle sera de 18,77 euros".

Le président a justifié ces "légers ajustements nécessaires pour financer les services qui sont utiles aux citoyens", affirmant que "l'ensemble des communes sont évidemment favorables à ce qui relève de très légers ajustements". Il a pris à témoin les maires des quatre autres communes de l'agglomération qui siégeaient à ses côtés lors de cette séance.

Un vote qui révèle des fractures politiques

La délibération a finalement été adoptée, mais non sans un vote "contre" de l'ensemble du groupe d'Emmanuel Bonnemain, ainsi que de plusieurs autres élus dont Guillaume Jublot, Emmanuelle Cocusse, Noël Azzopardi, Martial Cerrutti et Julie Lechanteux.

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La députée du Rassemblement National Julie Lechanteux, élue à Roquebrune-sur-Argens, a été la première à exprimer son désaccord, s'affirmant en tant qu'opposante malgré la présence du maire RN de Fréjus, David Rachline, aux côtés du président Masquelier. "Vous faites un choix, celui de faire payer toujours plus les habitants. Ce choix arrive au pire moment, alors que des familles peinent à se loger et que d'autres renoncent à se soigner", a-t-elle lancé. Elle a estimé que "au total, ce sont plus de seize millions d'euros supplémentaires que vous allez chercher dans les poches des habitants de notre bassin de vie", plaidant plutôt pour une réduction des dépenses. "Quand les dépenses dérapent, la facilité c'est l'impôt. Vous avez la folie des grandeurs", a-t-elle conclu avant de voter contre.

Ce positionnement ne manquera pas d'accentuer le fossé qui semble se creuser entre elle et l'autre figure majeure du Rassemblement National dans l'Est-Var, David Rachline, dont elle a été l'adjointe par le passé et qui était encore récemment vice-président de sa formation politique.

La séance, particulièrement animée, a ainsi mis en lumière les profondes divergences sur la politique fiscale locale, entre une majorité défendant un rééquilibrage nécessaire et une opposition dénonçant un choc fiscal injustifié. Les autres délibérations actées lors de ce conseil communautaire feront l'objet de comptes-rendus dans les prochaines éditions.