Premier affrontement budgétaire à Bayonne après les élections municipales
Le conseil municipal de Bayonne s'est réuni au grand complet ce jeudi 9 avril pour un premier examen des orientations budgétaires de l'année 2026. Ce débat, reporté au lendemain des élections municipales par la majorité sortante, a immédiatement donné lieu à des échanges tendus entre le maire réélu Jean-René Etchegaray et les groupes d'opposition de gauche.
Un calendrier controversé
Le maire centriste fraîchement réélu, Jean-René Etchegaray, a présenté les orientations budgétaires pour 2026 dont l'examen avait été spécifiquement reporté après les élections. La majorité justifie ce choix par la volonté de « proposer des orientations conformes au mandat reçu des électeurs ».
L'opposition, notamment le groupe du socialiste Henri Etcheto, Bayonne tout simplement, y voit plutôt un subterfuge pour faire « échapper au débat public » des décisions cruciales. Jean-René Etchegaray a balayé d'entrée cette critique, expliquant qu'il ne souhaitait pas « refaire la campagne » électorale.
Une situation financière présentée comme stable
Sylvie Durruty, première adjointe chargée des finances, a pris en main l'exposition détaillée du rapport budgétaire. Elle a immédiatement souligné le « contexte totalement inédit fait d'incertitudes sans précédent » au niveau international, tout en appelant à « privilégier la prudence et la sécurisation des équilibres de fonctionnement ».
Plusieurs indicateurs seraient cependant rassurants selon la majorité :
- La capacité de désendettement de la commune s'établit à 6,3 ans, « bien largement en deçà des seuils de vigilance »
- L'encours total de la dette s'élevait fin 2025 à 66,8 millions d'euros
Les dépenses en hausse mais pas les impôts
Résolue à conduire une « gestion saine et rigoureuse », Sylvie Durruty a insisté sur « la maîtrise des dépenses de fonctionnement » comme condition essentielle au maintien de la capacité d'autofinancement de la Ville. Pour 2026, ces dépenses progresseront notamment sous l'effet de :
- La revalorisation de la masse salariale
- La prise en charge des coûts de fonctionnement du musée Bonnat-Helleu
- La nouvelle médiathèque
Les charges à caractère général devraient atteindre 21,7 millions d'euros, soit près de 10% de plus qu'en 2025. Les charges de personnel constituent le premier poste de dépenses avec 49,9 millions d'euros, en augmentation de 6,8% par rapport à l'année précédente.
Malgré ces « contraintes », la majorité exclut formellement d'avoir à recourir pour 2026 à une hausse d'impôts, que ce soit la taxe foncière ou la taxe d'habitation sur les résidences secondaires.
Un plan d'investissement ambitieux
Les orientations budgétaires prévoient un Plan pluriannuel d'investissement (PPI) sur cinq ans de 130 millions d'euros axé sur la réalisation de « chantiers du quotidien » :
- Réhabilitation de l'école Malégarie
- Création d'une école pour les quartiers Séqué et Arroussets
- Reconstruction de la médiathèque de la place des Gascons
- Création d'une 4e salle de cinéma à l'Atalante
- Développement d'une « plaine des sports » à Sainte-Croix
- Rénovation des Halles
Les critiques de l'opposition
Le groupe d'opposition Bayonne en mouvement, regroupant plusieurs sensibilités de gauche, souscrit au constat d'une « situation financière solide » mais émet d'importantes réserves. Son leader, Jean-Claude Iriart, pointe « le recours aux cessions immobilières devenues habituelles depuis quelques années ».
Les ventes de terrains et d'immeubles s'élevaient à 9 millions d'euros en 2025. L'opposition déplore « un appauvrissement du patrimoine municipal et la limitation des capacités foncières pour des projets futurs ».
Henri Etcheto enfonce le clou en affirmant que ces cessions ont atteint « un niveau jamais vu jusque-là », avec un total de 31 millions d'euros sur le mandat 2020-2026.
Des interrogations sur la transparence
Le professeur Etcheto s'interroge également sur cette « contention quasi parfaite des charges à caractère général » qui s'accompagne, dans les projections de la majorité, d'une « progression sensible des rentrées fiscales et des produits de services ».
« On a du mal à croire à cette conjonction miraculeuse, à moins que ne soient d'ores et déjà envisagées des hausses de tarifs et l'augmentation de la taxe foncière », s'enquiert Henri Etcheto.
Jean-Claude Iriart lance quant à lui : « En dites-vous trop ou pas assez ? » À quoi Jean-René Etchegaray répond, visiblement agacé après près de deux heures d'échanges : « Nous faisons les orientations budgétaires de 2026. »
Les débats autour des choix budgétaires de la majorité municipale bayonnaise ne font manifestement que commencer, avec un vote du budget primitif fixé au 30 avril, date limite pour sa transmission au représentant de l'État.



