Une élection historique pour l'Agglomération Pays basque
Une semaine après son élection par 17 voix d'avance sur Jean-René Etchegaray, Alain Iriart, le nouveau président de la Communauté d'Agglomération Pays basque, revient sur ce moment charnière où son parcours politique a pris une nouvelle dimension. À l'heure où se construit l'exécutif intercommunal, l'élu de la gauche abertzale (EH Bai) tient un discours résolument rassembleur.
Un scrutin serré et des alliances décisives
Alain Iriart a été désigné par ses pairs au second tour d'un vote du conseil communautaire particulièrement serré. Le désistement de Peio Etxeleku, maire de Cambo-les-Bains et figure du centre-droit abertzale (Parti nationaliste basque), s'est révélé décisif dans cette élection. Ce dernier n'a jamais pardonné à Jean-René Etchegaray de l'avoir évincé de l'exécutif de l'Agglomération et de ses fonctions au pôle Errobi en 2024.
Les premiers mots du nouveau président ont été pour apaiser les tensions et exprimer son souhait de « travailler avec tous les élus ». Cette élection marque un tournant historique : pour la première fois depuis la création de l'institution en 2017, un abertzale de gauche prend les commandes de cette collectivité qui regroupe les 158 communes du Pays basque français.
Les coulisses d'une élection mouvementée
Entre les deux tours du scrutin, Alain Iriart a demandé une interruption de séance pour rencontrer ses principaux concurrents. « Je suis allé rencontrer Jean-René Etchegaray et Peio Etxeleku. Dans cet ordre », confie-t-il. « Je leur ai dit la même chose : je suis second avec un score proche du premier et j'ai l'intention de me maintenir. »
Le président élu insiste sur l'absence d'accord préalable : « Il n'y avait pas d'accord, il faut que les choses soient claires. Je pense que c'est inutile de laisser penser que ça a pu se faire différemment. » Concernant la présence d'Arnaldo Otegi, coordinateur d'EH Bildu, lors de son élection, il affirme : « Non. Je vous dis comment ça s'est passé. Ni accord avant le vote, ni accord entre les deux tours. »
Un héritage à assumer et des défis à relever
Alain Iriart reconnaît le travail accompli par son prédécesseur : « J'ai des habitudes de travail très anciennes avec Jean-René Etchegaray. On a œuvré ensemble pour monter cette communauté. Un remarquable travail de fond a été réalisé sous sa mandature. »
Le nouveau président doit maintenant composer avec un exécutif dont la formation suit des règles précises : « Je n'ai qu'un pouvoir d'arbitrage et une marge de désignation en réalité assez faible, puisque ce sont les pôles qui désignent leurs propres candidats. J'aurai une possibilité de choix parmi les candidats qui me sont proposés. »
Une vision rassembleuse pour un territoire complexe
Face à la diversité politique de l'Agglomération, Alain Iriart adopte une posture pragmatique : « Les élus du territoire m'ont fait un immense honneur et confié une grande responsabilité. Je vais mettre tout en œuvre pour que l'institution puisse d'abord assurer la continuité. »
Il précise sa philosophie de gouvernance : « La grande majorité, peut-être 90, 95% des communes, ne fonctionne pas avec des appareils politiques ni des logiques partisanes. Je dois prendre en compte la diversité des élus et travailler avec tous. Si on voulait faire différemment et être le porte-étendard d'un parti, la mission serait vouée à l'échec. »
Des priorités concrètes pour le territoire
Le nouveau président identifie plusieurs chantiers urgents : « Il faut réaliser du logement permanent, accessible et social. Et en faisant cela, il faut privilégier la résidence principale. On ne peut pas accepter du secondaire sur toute opération qui mobilise des fonds publics. »
Deux dossiers stratégiques requièrent une attention immédiate : « Celui des mobilités, avec une délégation de service public qui doit être revue. Et un débat important sur les modes de gestion de l'eau nous attend, avec des DSP qui arrivent à échéance en 2026 et 2027. »
Un changement de mandat à Saint-Pierre-d'Irube
Conformément à son engagement, Alain Iriart quittera son fauteuil de maire de Saint-Pierre-d'Irube pour se consacrer pleinement à la présidence de l'Agglomération. Le nom de son adjoint Mathieu Elgoyhen circule avec insistance pour lui succéder, mais le président élu reste prudent : « Une communication sera faite à l'ensemble des habitants de la commune d'abord. Et c'est le conseil municipal qui se positionnera sur la candidature qui ne manquera pas de venir. »
Cette élection marque un moment charnière pour la gouvernance du Pays basque français, avec l'arrivée à sa tête d'une figure historique de la gauche abertzale, déterminée à privilégier le dialogue et la construction collective face aux défis du territoire.



