Agglomération Pays basque : la nomination surprise d'Alain Iriart redessine les équilibres politiques
La désignation inattendue du maire abertzale de Saint-Pierre-d’Irube, Alain Iriart, à la présidence de la Communauté d’agglomération Pays basque (CAPB) le samedi 11 avril, a profondément rebattu les cartes politiques du territoire. Cette élection marque une étape décisive, ouvrant une phase cruciale d'élaboration de l'organigramme de l'institution intercommunale. Si le nouveau président abertzale dispose d'une influence certaine sur la composition de son équipe, il ne contrôle pas l'ensemble du processus. Journal FR analyse les implications pour le Sud Pays basque et les dynamiques en cours.
Cédric Curutchet en pole position pour le pôle Sud Pays basque
La CAPB est structurée autour de dix pôles territoriaux. Celui du Sud Pays basque, qui regroupe douze communes – Ahetze, Ainhoa, Arbonne, Ascain, Biriatou, Ciboure, Guéthary, Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Saint-Pée-sur-Nivelle, Sare et Urrugne – était jusqu'ici piloté par le maire de Ciboure, Eneko Aldana-Douat. Ce dernier ayant choisi de se retirer, son remplacement a été acté lors d'une réunion des douze maires, le mercredi 15 avril. Cédric Curutchet, premier adjoint du maire de Guéthary Benoît Lamerain, est désigné pour prendre la relève, comme l'a confirmé Jean-François Irigoyen, maire de Saint-Jean-de-Luz.
Âgé de 43 ans et ingénieur en génie civil, Cédric Curutchet s'était présenté en tandem avec Benoît Lamerain lors des dernières élections municipales, avec une répartition claire des rôles : le premier se destinait à un mandat communautaire, le second à la mairie. Sollicité pour commenter cette nomination, le futur référent n'a pas souhaité s'exprimer avant la validation officielle par le Conseil communautaire du vendredi 24 avril. En revanche, il a salué l'élection d'Alain Iriart, le décrivant comme « consensuel et travailleur, capable de faire avancer l'Agglo en incluant tous les acteurs ».
Huit candidats en lice pour les postes de l'exécutif
En raison de son poids démographique – 22,2 % de la population totale de l'Agglo, soit 68 102 habitants en 2019 – le pôle Sud Pays basque dispose de quatorze sièges au conseil permanent sur soixante-treize, incluant les douze maires et deux élus supplémentaires des communes les plus peuplées, Hendaye et Saint-Jean-de-Luz. Six places lui sont réservées dans l'exécutif, sur un total de trente-cinq, dont une attribuée au référent du pôle.
Lors de la réunion du 15 avril au pôle territorial Sud Pays basque à Urrugne, huit noms ont émergé comme candidats potentiels à ces postes. Outre Cédric Curutchet, cette liste comprend les maires des villes majeures : Jean-François Irigoyen (Saint-Jean-de-Luz), Kotte Ecenarro (Hendaye), Sébastien Etchebarne (Urrugne), Christophe Jauregui (Saint-Pée-sur-Nivelle), Eneko Aldana-Douat (Ciboure), ainsi que deux des trois femmes parmi les douze maires, Bénédicte Luberriaga (Ascain) et Sylvie Leizagoyen (Ainhoa).
Quel avenir pour les vice-présidences ?
Alain Iriart aura la responsabilité de sélectionner parmi ces huit candidats et de désigner également les quinze vice-présidents de l'Agglomération. Sous la précédente mandature de Jean-René Etchegaray, Kotte Ecenarro occupait le poste de deuxième vice-président, en charge des finances et des budgets. Son devenir reste incertain, le maire d'Hendaye n'ayant pas répondu aux sollicitations. De son côté, Jean-François Irigoyen, qui était onzième vice-président et président du syndicat des mobilités, affirme sa volonté de poursuivre son engagement : « Je souhaite continuer, on verra s'il y aura d'autres candidats ».
Ancien partisan de Jean-René Etchegaray, Irigoyen assure ne nourrir aucune hostilité envers le nouveau président : « Il a été élu, le but maintenant, c'est de travailler ensemble. Je le connais bien, ayant collaboré avec lui à l'Agglo et par son cabinet d'expert-comptable à Saint-Jean-de-Luz. L'essentiel, c'est l'intérêt communautaire ».
Des soutiens variés pour le nouveau président
Le maire centriste d'Urrugne, Sébastien Etchebarne, qui a voté pour Jean-René Etchegaray, se montre ouvert à l'arrivée d'Alain Iriart : « C'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup. Je note une volonté de changement et une réflexion territoriale face à une structure parfois lourde. J'espère simplement que cela ne se traduira pas par une multiplication des réunions ».
Christophe Jauregui, maire de Saint-Pée-sur-Nivelle, exprime un enthousiasme plus marqué : « Il a parlé de décentraliser et de considérer le Pays basque dans toute son étendue, tant pour les services à la personne que sur le plan économique. Cela nous convient parfaitement, car notre commune a souvent été oubliée en matière d'infrastructures ». Au-delà de leur engagement abertzale commun, Jauregui souligne les compétences professionnelles et humaines d'Iriart, qu'il connaît depuis longtemps : « C'était l'expert-comptable de mon entreprise. Je connais ses qualités et son travail impressionnant lorsqu'il s'y met. Il sait aussi écouter les gens ».



