Une semaine de déclarations à gauche
Un par jour ou presque cette semaine. Lundi, c’était Élisabeth Borne, selon L’Opinion. Mardi, c’était Manuel Valls, qui déclarait sur RMC : « Je verrai ce que je ferai à l’automne. » Mercredi, Bernard Cazeneuve choisissait Le Figaro pour annoncer ses intentions avec cette formule qu’il avait déjà rodée auparavant : « je suis prêt ».
Il est prêt, en effet, mais les électeurs le sont-ils ? Pas sûr que l’ancien Premier ministre de François Hollande galvanise les foules avec des formules telles que « c’est à la coalition des producteurs qu’il faut donner confiance, en organisant celle des volontaires », ou encore « le centre gauche est placé au barycentre du pôle républicain. Il lui faut donc démontrer qu’il formule la meilleure offre, qu’il dispose d’une vision, d’une expertise et d’une profondeur de champ ».
Une multitude de prétendants
Toujours est-il que ces offres de service s’ajoutent à celles de Raphaël Glucksmann, François Ruffin, Jérôme Guedj, Marine Tondelier, Clémentine Autain, Delphine Batho, Boris Vallaud. Sans oublier, last but not least, François Hollande. Au total, il y a autant de candidats dans la gauche non mélenchoniste qu’il y a de saints dans le calendrier. Un véritable trop-plein, qui prêterait à sourire si la situation politique n’était pas aussi inquiétante.
Le message d’espoir d’Anne Hidalgo
C’est d’ailleurs un autre candidat putatif, non déclaré mais très engagé, qui sonnait l’alerte hier jeudi au micro de RTL, en la personne d’Olivier Faure : « Je ne veux pas que nous reproduisions ce que nous avons connu déjà à trois reprises. » Le premier secrétaire du Parti socialiste fait allusion aux scrutins de 2002, 2017 et 2022. Et poursuit ainsi : « Cinq, six, sept candidats de gauche au premier tour, aucun au second, et l’extrême droite qui nous remplace. »
Olivier Faure commet en prononçant cette phrase une erreur que l’on peut imaginer volontaire. La pléthore de candidats à gauche était manifeste en 2002, avec sur la ligne de départ Christiane Taubira, Noël Mamère, Lionel Jospin, Jean-Pierre Chevènement, Robert Hue, sans compter la présence de François Bayrou, qui pouvait attirer l’adhésion de certains électeurs de centre gauche. Cette configuration avait à l’évidence conduit à la participation surprise de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Mais rien de tel en 2017 et en 2022. Lors de la première élection d’Emmanuel Macron, l’organisation d’une primaire « de la Belle alliance populaire » avait conduit à la désignation de Benoît Hamon qui, rallié par les Verts, s’était distingué par un score de 6,36 %. Il était pourtant seul à gauche avec Jean-Luc Mélenchon, soutenu, lui, par les communistes.
Mais c’est Anne Hidalgo qui a achevé de décomplexer tous ceux qui se disent « pourquoi pas moi ? ». Avec son score historique de 1,75 %, elle a réussi à se classer derrière Nicolas Dupont-Aignan et Jean Lassalle. Certes, elle avait pour concurrent Yannick Jadot, qui représentait les écologistes. Mais si l’on additionne son résultat, 4,63 %, à celui de l’ex-maire de Paris, on dépasse tout juste d’un cheveu celui de Benoît Hamon cinq ans plus tôt.
Les sociaux-démocrates, et c’est bien malheureux, semblent s’être enfermés dans une conduite d’échec, où tout le monde peut se déclarer candidat puisque personne ne peut gagner. Tous les ambitieux qui tiennent, consciemment ou inconsciemment, ce raisonnement doivent dire leur reconnaissance à Anne Hidalgo : si elle a pu survivre à l’humiliation d’un score aussi déshonorant, ils le pourront aussi.



