Jean-Luc Moudenc, le centriste indétrônable de Toulouse, remporte à nouveau les municipales
« On verra des deux « JLM » (Mélenchon et Moudenc) qui l’emportera ! », déclarait-il avec humour avant le premier tour. Le verdict est désormais connu. Le maire sortant de Toulouse a remporté une bataille électorale âpre et serrée, récoltant un pourcentage significatif des voix face à la liste de gauche conduite par La France Insoumise. À Toulouse, le scénario se répète inlassablement : la gauche prend son envol, mais c'est toujours Jean-Luc Moudenc qui franchit la ligne d'arrivée en tête.
Une victoire qui s'inscrit dans la durée
Déjà vainqueur en 2014 et en 2020, le centriste récidive en 2026, confirmant ainsi son emprise sur la ville rose. Bis repetita placent, les choses répétées plaisent, et Moudenc a une fois de plus su mobiliser et rassembler ses partisans. Il avait alerté, avant le second tour, sur les risques d'une « mélenchonisation du Capitole », s'opposant à une liste de fusion entre le Parti Socialiste, les Écologistes et La France Insoumise. François Piquemal, l'Insoumis, s'est heurté à une force tranquille mais implacable, celle de Jean-Luc Moudenc.
Ce dernier a longtemps été comparé à « M. Smith au Capitole », en référence au célèbre film de Frank Capra, l'homme que l'on n'attendait pas. Ses adversaires l'ont régulièrement sous-estimé, une erreur stratégique qui leur a coûté cher. Le socialiste Pierre Cohen, qui avait conquis le Capitole en 2008, en a fait la douloureuse expérience en 2014, subissant un échec cinglant.
Un parcours politique ancré dans le terroir toulousain
Jean-Luc Moudenc savait que la bataille serait serrée, comme il l'avait répété tout au long de la campagne. Politique ancré, entièrement dévoué à sa ville et indépendant depuis son départ des Républicains en 2022, il est un fin tacticien, pragmatique et lucide. La constance, la modération et la tempérance face aux extrêmes se révèlent être des vertus gagnantes. C'est ainsi que ce centriste, issu de la démocratie chrétienne, a su s'imposer dans la ville de Jean Jaurès, une ville rose pas seulement pour la couleur de ses briques.
Il fréquente les arcanes du Capitole depuis près de quarante ans, étant entré au conseil municipal de Toulouse en 1987, après les décès de deux colistiers de Dominique Baudis. À 27 ans, il était alors le benjamin, chargé de faire l'appel des élus avant chaque séance. Fidèle collaborateur de Baudis, il remplace en 2004, au pied levé, Philippe Douste-Blazy appelé au gouvernement. Ses détracteurs le surnommaient « l'intérimaire », avec mépris mais une absence de lucidité remarquable. Cet homme pudique et bien élevé, qui hausse rarement le ton, serre les dents et laisse dire, traçant son chemin sans bruit.
Les valeurs d'un homme discret et déterminé
« De tempérament, je suis plus un coureur de fond qu'un sprinteur », confiait-il juste avant sa première élection en tant que maire, en 2014. La rencontre avec Dominique Baudis, qui a succédé à son père comme maire en 1983, a déterminé sa carrière. « Il fut mon modèle en politique. C'est lui qui m'a initié aux affaires municipales », explique Jean-Luc Moudenc, qui se place dans la continuité des Baudis père et fils.
Sa position privilégiée entre Baudis et Douste-Blazy lui a donné un rôle clé dans les rivalités entre familles centristes à Toulouse. Manœuvrant habilement sans choisir son camp, Moudenc s'est fait élire à la place de l'ambitieux Douste-Blazy, au nez et à la barbe des grognards de Baudis. Discret sur ses victoires tactiques, le stratège est aussi le fruit exemplaire d'une belle ascension sociale. Sa mère était aide-soignante, et son père a gravi les échelons à la SNCF, inculquant à ses enfants la valeur du travail et de la réussite scolaire.
Marié depuis 1990 avec Blandine, rencontrée au JDS, et père de deux filles, Jean-Luc Moudenc s'est construit un cocon qu'il tient à l'abri des regards. Autre valeur essentielle à ses yeux : la foi. Catholique pratiquant, marqué par Jean-Paul II, il insiste sur son attachement à la laïcité, héritage de parents qui l'ont toujours scolarisé à l'école publique.
Le temps long comme boussole
À partir de ces valeurs, Jean-Luc Moudenc a creusé son sillon, peu sensible aux sirènes de la capitale – il ne sera député qu'à peine deux ans, démissionnant après son élection comme maire. Il s'est rapproché des autres maires de grandes villes, de tous bords, en présidant leur association, France urbaine. Après avoir été conseiller général de Haute-Garonne et conseiller régional de Midi-Pyrénées, il s'est concentré sur l'action locale, avec un succès indéniable.
« L'intérimaire » entame au Capitole son troisième mandat. Ce grand baron local, qui n'en a pas l'apparence, a su résister aux appétits des extrêmes. En politique, comme la carrière de Jacques Chirac l'a prouvé, être sous-estimé par ses adversaires est une force. Jean-Luc Moudenc en est la parfaite illustration, consolidant son statut de figure incontournable de la scène politique toulousaine.



