Édouard Philippe a un bilan à Matignon. Pour un homme d'État, c'est un compliment. Pour un candidat à l'élection présidentielle, c'est un danger. Les adversaires du Havrais étrillent l'action de l'ancien Premier ministre (2017-2020) pour disqualifier ses ambitions élyséennes. Trois ans, c'est long. Du passage aux 80 km/h sur les routes secondaires à l'abandon de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, chaque concurrent du président d'Horizons puise dans son action un motif de critique.
Un choix assumé de revendiquer son passage à Matignon
Une campagne présidentielle ne se mène pas dos au mur. Édouard Philippe fait le choix de revendiquer son passage rue de Varenne. Il tente d'imposer son propre récit plutôt que de subir celui des autres. "Je suis fier d’avoir été le Premier ministre d’Emmanuel Macron lorsque réformer la France était encore un mot qui avait un sens", a-t-il lancé ce dimanche 10 mai lors d'une réunion publique d'Horizons à Reims.
Les moments heureux du macronisme
L'ex-chef de gouvernement a égrené ses réussites supposées, de la baisse du chômage et des déficits au doublement du nombre d'apprentis. Édouard Philippe installe une césure entre ses trois années à Matignon et le reste des deux mandats présidentiels. Macroniste, lui ? De 2017 à 2020, assurément. Pour le reste... Ici réside sa différence avec Gabriel Attal. Là où le secrétaire général de Renaissance doit se libérer de l'image de "bébé Macron", Édouard Philippe doit se justifier d'actes précis pendant ces trois années. Au moins, la tâche est-elle plus objective. "Ce sont les moments heureux du macronisme. Il vaut mieux être son premier Premier ministre que son dernier", glissait en 2025 le député Horizons Laurent Marcangeli.
Ces jours heureux ont été ensevelis de plusieurs nuages. Selon La Tribune Dimanche, des éléments de langage et des fiches ont été préparés par l'équipe du Havrais sur son bilan à Matignon. Le candidat a ainsi répliqué sur X aux attaques de Marine Le Pen, qui l'avait ciblé pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Dès mai 2025, il reconnaissait qu'il agirait "différemment aujourd’hui" sur les 80 km/h, tout en défendant le bien-fondé de cette mesure.
Se projeter dans un futur quinquennat
Édouard Philippe, qui s'alarmait en mars 2025 de "l’impuissance publique", sera attendu sur l'abandon de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes. Ce renoncement est érigé par LR en symbole de l'affaissement de l'État. Avec un message sous-jacent : Édouard Philippe n'a pas la poigne pour diriger la France. "Là-bas, il a été obligé d’acter l’impuissance de l’État. Cela avait été un déchirement pour lui", note un proche de l’ancien Premier ministre. "Il doit purger tous ces sujets. Plus tôt il le fera, moins cela sera dans les esprits", notait récemment un soutien du candidat.
Le président d'Horizons revendique ses succès à Matignon. Il doit surtout se libérer de cette histoire pour porter un projet d'avenir, quand ses rivaux feront tout pour figer son image. "Le problème d’Édouard Philippe n'est pas tant ses idées que son bilan", juge le numéro 2 de LR François-Xavier Bellamy. En s'accrochant à ces trois années, les contempteurs du Havrais comptent entacher toutes ses futures propositions d'un soupçon d'insincérité. Tel un président sortant, dont chaque promesse serait invariablement accompagnée de la même remarque : "Mais pourquoi ne l'avoir pas fait avant ?" L'ancien Premier ministre devra remporter la bataille du bilan pour que le candidat s'épanouisse.



