« Je ne suis ni un paillasson, ni un supplétif » : Kléber Mesquida s'exprime sans détour
Le président du conseil départemental de l'Hérault, Kléber Mesquida, a présidé la séance du budget après une hospitalisation pour une infection pulmonaire. Dans un entretien exclusif, il aborde sa santé, les tensions politiques et les défis budgétaires du département.
Un retour marqué par l'émotion et la détermination
« Je vais bien, malgré une infection pulmonaire récente », déclare Kléber Mesquida. « J'ai été pris à temps, hospitalisé, et je suis aujourd'hui sous traitement. Je suis revenu au travail, là où je suis le mieux. »
Le président explique avoir choisi la transparence sur son état de santé pour éviter les rumeurs. « En politique, tout est commenté : une fatigue, un changement physique… J'ai préféré dire les choses clairement. C'est plus sain. »
Son retour en séance a été salué par une standing ovation des élus de tous bords. « J'ai été très touché. Tous les élus se sont levés, de tous les bancs. C'était sincère. Ça montre qu'au-delà des clivages, il reste du respect. »
Les tensions politiques et les élections municipales
Kléber Mesquida évoque les tensions observées lors des élections municipales. « J'ai vu des scènes de violence, même dans des petites communes. Des insultes, des tensions… Ce n'est pas acceptable. »
Sur le plan électoral, il note : « Globalement, il y a eu peu de surprises. Mon inquiétude principale concernait une poussée de l'extrême droite, comme on le voit sur des élections nationales. Elle a existé, à Agde notamment, mais elle est restée limitée. »
Il critique également René Revol, ancien maire de Grabels, pour son opposition au projet du Lien. « Il nous a fait perdre beaucoup d'argent mais surtout beaucoup de temps à cause des recours. »
Un conflit avec Carole Delga et la question du financement
Le président dénonce des tensions avec Carole Delga, présidente socialiste de la Région Occitanie. « Il y avait un engagement clair de la Région sur le financement du très haut débit. Une subvention avait été votée à hauteur de 20 M€ puis ajustée à 17 M€. Mais cette participation a été revue à la baisse de manière importante, à 8,7 M€. »
« Dans le contexte budgétaire actuel du Département, c'est un manque que nous devons absorber. Et aujourd'hui, chaque euro compte. »
Il ajoute : « Je lui avais déjà dit, dans mon bureau, que je n'étais ni un paillasson, ni un supplétif. Quand on travaille en partenariat entre collectivités, il faut du respect et de la parole tenue. Aujourd'hui, je constate simplement que la relation s'est refroidie. »
Un budget 2026 fragile et des défis sociaux
Sur le budget du Département, Kléber Mesquida alerte : « On a stabilisé, mais attention : notre épargne nette est négative et nous allons devoir emprunter. Ce n'est pas une situation confortable. Pour 2026, l'inquiétude est complète. La situation reste très fragile. »
Il explique avoir tout revu pour éviter une mise sous contrôle de la Chambre régionale des comptes. « Elle a une vision strictement comptable : elle coupe tout ce qui n'est pas obligatoire. Moi, je voulais absolument éviter ça. »
Le social reste la principale dépense. « Oui, et le RSA augmente fortement. C'est mécanique : croissance démographique, vieillissement, précarité… »
Mais le point le plus préoccupant concerne « l'enfance en danger ». « Le nombre d'enfants confiés au Département explose. C'est une vraie alerte. On manque de familles d'accueil, de places. Parfois, on doit envoyer des enfants loin du département. C'est une situation très difficile. »
Une réorganisation culturelle et le soutien aux communes
Le président détaille les ajustements opérés dans le domaine culturel. « On a réorganisé. Les intercommunalités ont pris le relais sur certaines actions. L'offre culturelle est maintenue, mais a revu la programmation au Domaine de Bayssan par exemple, en limitant les dépenses excessives. »
Il assure que les communes ont été préservées. « On a créé un fonds de sauvegarde des cofinancements pour éviter qu'elles ne perdent les aides de l'État ou de l'Europe. On leur garantit notre participation, même différée. »
Kléber Mesquida conclut sur une note déterminée : « Rester actif, c'est ce qui m'a permis de tenir. Je le dis souvent : ma maladie m'a sauvé. Elle m'a obligé à relativiser, à aller à l'essentiel. »



