Municipales 2026 à Alès : un second tour historique après 31 ans d'absence
Pour la première fois depuis trente et un ans, les Alésiens étaient appelés à voter pour un second tour des élections municipales ce dimanche. Un événement rare dans cette ville du Gard, habituée aux décisions prises dès le premier tour, qui témoigne d'une recomposition politique locale.
Une mobilisation électorale en demi-teinte
Il est un peu plus de 11 heures, ce dimanche matin, à l'école Germaine-Tillion, dans le quartier populaire des Prés Saint-Jean. Devant le bureau de vote, le calme domine. "On en est à 117 votants", indique la présidente du bureau, Armande Laupies, en consultant le compteur de l'urne. Un chiffre encore faible pour ce bureau qui compte environ 900 inscrits.
Lors du premier tour, à peine 275 suffrages s'étaient exprimés dans ce même bureau. Emiliano Hacquel, assesseur, espère dépasser les 300 voix avant la fermeture du scrutin. "Ça se passe bien, mais c'est plus calme que dimanche dernier", analyse-t-il. "On sent que moins de gens se déplacent. Certains n'y croient plus, ou s'intéressent plutôt aux enjeux nationaux."
Autre constat préoccupant : une partie des inscrits ne vit plus sur place. "Une dame me disait ce matin que sa sœur, qui n'habite plus Alès, était pourtant encore inscrite sur les listes du bureau", rapporte un membre du bureau.
Un scrutin qui bouscule les habitudes locales
Dans cette ville dirigée pendant de longues années par Max Roustan, la tenue d'un second tour constitue un véritable événement. Il faut remonter à 1995 pour retrouver une telle configuration électorale à Alès.
"Ça fait bizarre, oui. On n'a plus l'habitude", confie Michel, un retraité venu voter en fin de matinée. "Mais ça montre que quelque chose se passe. J'aimais beaucoup Max, mais c'est fini maintenant. On sent que la suite n'a pas le même gabarit." Une allusion presque évidente au maire sortant d'Alès, Christophe Rivenq, qui brigue un nouveau mandat.
Des motivations électorales divergentes
Dans les échanges avec les électeurs, les motivations apparaissent contrastées :
- Jean, menuisier de 52 ans, revendique son vote pour Anthony Bordarier, candidat du Rassemblement national. "Il faut du changement. Là, je vote pour que ça bouge. Rien n'est fait aux Prés Saint-Jean pour permettre aux habitants de vivre tranquille." Le menuisier redoute particulièrement les tensions liées aux réseaux de trafic de stupéfiants.
- Sophie, fonctionnaire, soutient quant à elle le maire sortant Christophe Rivenq. "Il connaît bien la ville. Je préfère la stabilité."
- Aïcha, jeune maman vivant de petits boulots, apparaît plus partagée. "J'ai voté pour la liste de Paul Planque au premier tour. Aujourd'hui, honnêtement, aucun des deux candidats actuels ne me plaît." Elle est venue voter avec l'idée de faire barrage au candidat du RN.
- Karim, au chômage, reste discret sur son choix. "J'ai fait mon choix, mais je ne préfère pas dire", lâche-t-il simplement avec un sourire gêné.
Un silence révélateur
Ce silence, partagé par plusieurs électeurs, en dit long sur les hésitations et les arbitrages difficiles de ce premier second tour depuis 31 ans. Les électeurs d'Alès, habitués à des scrutins sans suspense, doivent désormais composer avec une nouvelle réalité politique où leurs voix peuvent véritablement faire la différence.
Entre désir de changement et attachement à la stabilité, entre mobilisation timide et engagement contraint, ce second tour historique pourrait marquer un tournant dans la vie politique alésienne. Les résultats du scrutin, attendus dans la soirée, détermineront si cette ville du Gard opte pour la continuité ou pour une nouvelle orientation municipale.



