Alexandra Siarri : l'inclassable première adjointe de Thomas Cazenave à Bordeaux
Alexandra Siarri : l'inclassable première adjointe de Bordeaux

Pièce maîtresse de la campagne et de la majorité Cazenave, Alexandra Siarri, venue à la politique sous Alain Juppé, un temps candidate à l’élection municipale, reste inclassable, gaulliste tendance « sociale » farouchement non encartée, à la fois intello et femme de terrain. On ne l’a pas beaucoup entendue au dernier conseil municipal, le 28 avril. Sinon pour reprocher à l’opposition de jauger les priorités du maire (Renaissance) Thomas Cazenave à l’aune des numéros attribués à ses adjoints. « Un peu comme si on vous disait que vous ne portiez pas la politique de la Ville parce que Fannie Le Boulanger était 18e adjointe », hasarde Alexandra Siarri. Dans les rangs écologistes, un cri du cœur : « Vous l’avez dit ! » Elle a beau tenter de reprendre le fil (« Vous avez endossé vos costumes de beaux opposants ! »), la première adjointe a fait mieux.

Car Alexandra Siarri, 54 ans, est tout sauf une bleue dans cette arène municipale, elle qui y a siégé pour la première fois en 2008, à l’époque toute jeune conseillère municipale d’Alain Juppé déléguée à « l’éco-habitat et l’énergie ». Après six ans de purgatoire, au dernier rang de la salle, la voilà de retour sur l’estrade, chargée de l’urbanisme, du logement, de la politique de la ville, de la proximité et de la participation citoyenne - vous pouvez reprendre votre souffle.

Stage à la CUB

Un portefeuille sur mesure pour celle qui n’a cessé de gravir les échelons du palais Rohan, inscrivant ses pas dans ceux de ses aînées Simone Noailles et Véronique Fayet, figures municipales de l’aide sociale, l’une sous Chaban-Delmas, l’autre sous Juppé. Enfant de Passirac, en Sud-Charente, biberonnée au gaullisme social, Alexandra Siarri étudie le droit à Bordeaux, se destine à la magistrature mais échoue au concours, en 1998. « L’échec fut douloureux et l’exigence du rebond immédiat », lâchera l’élue dans « Bordeaux est avenir », un livre publié en 2017.

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Elle décroche dans la foulée un stage non rémunéré à la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) : bombardée à la communication de la mission tramway, elle découvre Alain Juppé « au moment même où il commençait à réveiller la ville en redorant son blason » : « Je ne savais pas la place qu’il occuperait dans ma vie », écrit-elle. Promue au cours du premier mandat adjointe aux nouvelles précarités, Alexandra Siarri ne tarde pas à s’imposer dans le panorama social, celui qui passe sous les radars, de l’ouverture de la Bagagerie, une consigne pour les sans-abri qui suscitait l’appréhension de riverains rue Ausone, à l’accompagnement des Roms, dont les squats explosent en ville.

« Énorme bosseuse »

Plus conceptuel : elle échafaude un ambitieux « pacte » de cohésion sociale pour mieux faire remonter les attentes du terrain et dépoussiérer les politiques publiques. « C’était pas gagné, ce pacte », se souvient Ludovic Martinez, ex-directeur de cabinet d’Alain Juppé, qui l’a vue débouler en politique. « Elle est anti-planplan, elle casse les codes, elle fonce dans le tas… J’aime bien son parcours. Ce n’est pas tant un parcours politique qu’un parcours voué au service public. Chaque fois qu’elle a eu des mandats, elle a fait des choses. C’est une énorme bosseuse qui ne considère pas que la fonction fait la compétence. »

Fonctionnaire territoriale à la Métropole, Alexandra Siarri rejoint en 2020 la mairie du Bouscat, où elle devient directrice de la jeunesse et des sports. La politique, toujours : elle échoue au premier tour des départementales 2021, sur le canton de Bordeaux 2, avec Marik Fetouh. Le monde étant petit, c’est le binôme Laurence Dessertine-Michel Dufranc qui l’emporte. En janvier 2025, la mort soudaine de Nicolas Florian, avec qui Alexandra Siarri compagnonnait de longue date, rebat les cartes des municipales : elle-même se lance quelques mois dans une pré-campagne, « candidate à la candidature de la droite et du centre », avant de rallier Thomas Cazenave, qui en fait sa directrice de campagne.

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Binôme

Et si Philippe Dessertine constitue sans conteste l’attraction des municipales, le député macroniste parvient à rassembler la droite et le centre, « même dans la douleur », comme dit l’ex-dir cab Ludovic Martinez. Pas d’état d’âme sur les thèmes sécuritaires : Thomas Cazenave se félicite de voir la nouvelle ministre de la Santé pencher pour le déménagement de la Case, le centre d’accueil pour toxicomanes de la rue Saint-James. Alexandra Siarri, qui a longtemps porté le sujet, s’en explique, « devant une situation totalement intenable », mais Marc Etcheverry, ex-adjoint de Pierre Hurmic à la sécurité, regrette encore « une campagne très poussée sur des sujets clivants ».

Le binôme fonctionne au-delà des espérances. Au soir de la victoire, le 22 mars, sur le perron de sa permanence cours Clemenceau, Thomas Cazenave loue « l’autorité bienveillante, énergique et talentueuse » de sa directrice de campagne. Lui le haut-fonctionnaire méthodique et pressé, patron en puissance, elle l’intuitive, la relation humaine chevillée au corps. L’humour fait le reste. Dans l’entre-deux-tours, Thomas Cazenave termine une interview à la bourre avec « Sud Ouest ». Il réalise dans l’escalier de sa permanence son retard avant le rendez-vous suivant en ville et demande à Alexandra Siarri de reporter un entretien téléphonique avec « Libération » : « Je m’en occupe, Monseigneur, touchez ma bosse ! », mime-t-elle, voix chevrotante. Éclats de rire de fin de campagne.

« Vernis social »

Ex-adjointe du maire écologiste Pierre Hurmic, Fannie Le Boulanger a applaudi à l’élection d’Alexandra Siarri première adjointe, au conseil municipal inaugural, fin février. « Un salut républicain », justifie-t-elle, mais d’autres opposants ne s’en sont pas donné la peine. « Tout le monde reconnaîtra que c’est une élue de terrain », convient Fannie Le Boulanger, qui ne fait pas que des cadeaux : « Elle est présente, hyper-présente, jusqu’à court-circuiter l’administration. Tout est hyper-personnalisé. Pour que ça réussisse, il faut que ce soit elle qui le fasse. Mais ce n’est pas la vraie vie. Elle vient mettre un vernis social sur une politique de droite qui ne l’est pas du tout. »

« Le fait de bien connaître Alexandra, depuis seize ans, ça facilite les choses. On n’est plus obligé de passer par des formalités. C’est direct », dit en écho Leonard Velicu, président de l’association Eurrom, qui vient en aide aux populations roms et n’a pas manqué de saluer la victoire « d’Alexandra » aux municipales sur son profil Facebook. Lui qui, bien avant les élections, attendait un retour de Bordeaux Métropole sur le raccordement à l’eau, avant l’été, d’un terrain à nouveau occupé par 600 Roms à Bordeaux-Lac, s’est permis de passer un coup de fil à Alexandra Siarri. « Immédiatement, on a eu les dates, tout le détail. » On ne se refait pas.