La trajectoire politique contrastée d'Adrien Marquet
Le 3 avril 1955, Adrien Marquet décède à son domicile bordelais du 14 rue Cabirol, victime d'une crise cardiaque. Cette figure politique, née à Bordeaux le 6 octobre 1884, a marqué l'histoire de la ville comme maire de 1925 à 1944, avant de sombrer dans la collaboration avec l'occupant nazi.
Du socialisme à la rupture
Diplômé chirurgien-dentiste en 1903, Adrien Théodore Ernest Marquet adhère la même année au Parti socialiste. Élu conseiller municipal en 1912, il révèle ses talents d'orateur et devient maire de Bordeaux en 1925. Élégant et raffiné, ce dandy est surnommé le « socialiste aux chaussettes de soie ».
Longtemps député et maire socialiste, surnommé le « bâtisseur », il quitte en 1935 la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) pour fonder le parti néosocialiste. Réélu en 1929 et 1935, il poursuit une carrière nationale comme ministre des Travaux publics puis du Travail.
La rupture avec ses anciens camarades
Le 4 novembre 1935, Léon Blum exprime son épouvante devant le discours du maire, lui reprochant publiquement « ses ambitions personnelles, sa trahison de tout son passé ». Marquet affronte victorieusement ses anciens amis de la SFIO aux municipales de 1935, et ne participe pas aux défilés du Front populaire en 1936, affirmant que « le socialisme, c'est une volonté d'ordre ».
L'engagement dans la collaboration
Le choix décisif
Avec l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale le 3 septembre 1939, Bordeaux devient temporairement capitale de la France en juin 1940, accueillant des centaines de milliers de réfugiés fuyant l'avancée allemande. Après l'armistice du 22 juin, Adrien Marquet choisit de se ranger du côté du maréchal Pétain.
Ministre d'État et ministre de l'Intérieur dans les gouvernements Pétain et Laval, confirmé comme maire en 1941, il organise activement la collaboration avec les occupants allemands, dont l'antisémitisme semble constituer le ferment principal.
L'après-guerre et la condamnation
Arrêté à la Libération le 29 août 1944, Marquet est déchu de ses fonctions et emprisonné. Transféré au fort du Hâ puis à la prison de Fresnes pendant trente mois, il est finalement condamné en 1948 par la Haute Cour de justice à dix ans d'indignité nationale. Les archives allemandes révélant son désir de collaboration et son souhait de victoire allemande n'étaient cependant pas disponibles lors du procès.
La fin tragique et l'héritage controversé
Mort en pleine campagne électorale
Après sa libération, l'ancien maire tente de revenir en politique, obtenant finalement ses droits civiques par une loi d'amnistie le 8 octobre 1953. Le 2 avril 1955, lors d'une réunion publique houleuse à l'Athénée municipal de Bordeaux, il est pris d'un malaise après avoir interrompu son discours face aux cris et injures.
Transporté chez lui, il conserve sa lucidité jusqu'au dernier instant, confiant à son entourage : « Je regrette notamment de ne pas être mort à la tribune. C'eut été le couronnement de ma carrière de tribun. » Il décède le lendemain, faisant la une de Sud Ouest le 4 avril 1955.
Un héritage urbanistique important
Malgré sa dérive politique, Adrien Marquet a mené une politique culturelle active et un ambitieux programme d'urbanisme. Le « plan Marquet », voté en 1929, visait à doter Bordeaux d'équipements municipaux modernes.
Parmi ses réalisations :
- Mise à niveau des quais et construction des hangars
- Édification de l'immeuble de la régie municipale du gaz et de l'électricité (1934)
- Construction de la Bourse du Travail (1938)
- Réalisation de la piscine Judaïque et des nouveaux abattoirs
- Extension des facultés de droit et de médecine
- Reconstruction du stade Lescure et édification de la Bourse maritime
Entouré d'architectes talentueux, il a donné à Bordeaux son cachet Art déco en privilégiant le béton, tout en modernisant le réseau d'égouts, l'éclairage public et les services municipaux. Son rêve d'un plan d'urbanisme global s'est cependant heurté à des moyens limités par rapport à ses ambitions.



