Le gouvernement français a saisi la justice pour obtenir la suspension de la plateforme chinoise de vente en ligne Shein en France, après la découverte de produits interdits, notamment des poupées à caractère pédopornographique et des armes. Cette procédure a été annoncée le jour même de l'ouverture du premier magasin physique de Shein au monde, au BHV à Paris, qui a attiré une foule nombreuse.
Une suspension aux effets limités selon l'expert
Olivier Dauvers, spécialiste de la consommation, estime que cette suspension aura un impact limité sur le chiffre d'affaires de Shein. « C'est une suspension qui porterait la perspective d'un retour, puisqu'elle est demandée le temps que les produits interdits ne soient plus commercialisés. Donc si le groupe chinois accepte de se conformer aux demandes, et ce sera le cas, il n'y aura pas de base juridique pour poursuivre l'interdiction », explique-t-il. Selon lui, les répercussions seront de courte durée, pendant la fermeture de la plateforme en France, mais le coup de projecteur médiatique pourrait même servir l'enseigne. « Les images dans tous les JT de la queue formée aux abords de son premier magasin au BHV, ce n'est pas de l'anti-pub, c'est de la pub », ajoute-t-il.
Une enseigne décriée mais prisée
Shein, qui revendique 27 millions de visiteurs mensuels en France, est contestée pour son modèle à bas coût, la qualité de ses produits, le dumping social et économique, et son impact environnemental. Pourtant, l'enseigne attire un large public, notamment des consommateurs à la recherche de bonnes affaires. Interrogé sur la possibilité que les scandales incitent les clients à se tourner vers d'autres enseignes, Olivier Dauvers répond : « Elles ne sont pas nombreuses et Shein n'est pas chère, or l'indignation s'arrête là où l'intérêt de votre porte-monnaie commence. » Il précise que la vente d'armes ou de poupées pédopornographiques est inacceptable, mais qu'en dehors de ces cas, il ne juge pas ceux qui achètent sur la plateforme, que ce soit par nécessité ou par opportunisme.
La morale et l'économie ne se mélangent pas
Olivier Dauvers estime qu'il y a « beaucoup de morale autour de Shein », alors que « la morale et l'économie, c'est comme l'eau et l'huile, ça ne se mélange pas ». Il voit derrière la polémique des intérêts corporatistes et un clivage social théorisé par Jean-Pierre Raffarin : « C'est la France d'en haut contre la France d'en bas. C'est la France des fédérations professionnelles, des politiques, des commentateurs, en gros des gens friqués qui regardent avec condescendance ceux qui cherchent à faire des bonnes affaires. » Il précise qu'il n'est pas pro-Shein, mais qu'il essaie de ne pas être anti-Shein par principe, contrairement à certaines postures publiques comme celle de Serge Papin, ministre du Commerce et des PME.
Les ressorts du succès de Shein
Selon l'expert, le succès de Shein repose sur deux facteurs principaux. D'abord, des prix plus bas qu'ailleurs, obtenus grâce à des produits qui ne respectent pas toujours les normes, ce qui constitue une distorsion de concurrence, mais qui sera corrigée par les contrôles. Ensuite, la désintermédiation : Shein court-circuite les intermédiaires historiques (importateurs, grossistes, logisticiens, enseignes) qui prenaient chacun leur marge, à l'image de ce qu'avaient fait les grands distributeurs dans les années 1960, notamment Leclerc. « Ça permet de casser les prix et c'est dans l'air du temps », souligne Dauvers.
Une attente sociale pour le discount
Olivier Dauvers rappelle qu'il y a une attente sociale pour le discount en France, car cela permet de préserver son pouvoir d'achat. Il cite un chiffre : 25 millions de Français ont déjà commandé sur Shein, soit un score comparable à celui d'enseignes comme Leclerc ou Carrefour, qui comptent entre 25 et 35 millions de clients, mais installées depuis plus de quarante ans. « En l'espace d'un an, deux ans maximum, Shein a atteint ce score », conclut-il.



