Dans la famille Lamanda, il y a le père, Luc, son épouse, Mireille, la fille aînée, Margot, et le fils cadet, Louis. Ensemble, ils dirigent l’entreprise éponyme qui possède 12 magasins de prêt-à-porter, de Saint-Jean-de-Luz à Hossegor. Mais on pourrait aussi parler de Jeanine, la mère de Luc, figure du commerce bayonnais – là où tout a commencé – aujourd’hui retraitée. Ou encore de Léon, 23 ans, le benjamin de la tribu, dont le père pressent qu’il finira « tôt ou tard » par rejoindre l’affaire familiale. « Qu’on le veuille ou non, nous avons transmis à nos enfants notre passion », résume Mireille Lamanda. En sept décennies et quatre générations, la famille a bâti un réseau de boutiques multimarques qui emploie une trentaine de salariés. Aujourd’hui, celle-ci tente de franchir un nouveau cap avec la création de sa propre ligne de vêtements pour femme, Mima, la contraction de Mireille et Margot. « Au départ, personne n’aurait pu imaginer un tel développement », admet Luc Lamanda.
Les débuts modestes dans les années 50
La saga Lamanda débute dans les années 50 avec la naissance d’une première enseigne baptisée Fred, place Pasteur, à Bayonne. Jeanne Lamanda, la grand-mère de Luc, y vend toutes sortes de mailles. « C’était une femme très courageuse et indépendante, rembobine le commerçant aux cheveux poivre et sel. Elle était descendue de Bretagne avec son mari malade pour que celui-ci soit soigné à Cambo. » Pour subvenir aux besoins de sa famille, Jeanne, qui exerçait comme primeur aux halles de Brest avec son époux, improvise une reconversion dans le tricot. Du sur-mesure pour celle que ses proches décrivaient « d’une élégance folle ».
L’amour du risque
Quelques années après, Yvon, le père de Luc, engagé dans la Marine, décide à son tour de quitter la cité du Ponant pour venir épauler sa mère dans sa nouvelle activité. Le costume de vendeur semble taillé pour lui. Il n’a même pas 30 ans et ouvre le deuxième magasin des Lamanda, rue Orbe. Au départ, Pour Lui est une minuscule échoppe dédiée, comme son nom l’indique, au prêt-à-porter masculin. Puis, Yvon rencontre l’amour. Elle s’appelle Jeanine et, sans le savoir, va énormément contribuer à l’essor de l’entreprise.
De fil en aiguille, la native d’Hasparren aide l’ancien militaire à développer son affaire. La boutique grandit, grandit… jusqu’à occuper trois cellules de commerce dans cette artère très fréquentée du centre-ville. « À l’époque, tout ce qui se faisait pour l’homme était très classique, explique Luc Lamanda. Mon père, qui avait beaucoup voyagé, a voulu bousculer tout cela. Il a amené la mode à Bayonne, en quelque sorte. »
La génération suivante creuse le sillon
La génération suivante continue de creuser le sillon commercial. « Alors que le format de magasins multimarques était en train de disparaître, nous, nous avons commencé à ouvrir des boutiques à Biarritz et Saint-Jean-de-Luz. » Luc Lamanda parle du « tournant des années 90 » : chaînes de magasins de vêtements et grandes surfaces se mettent à pousser comme des champignons, aux portes du cœur de ville. Certains commerçants bayonnais font grise mine. Ils craignent pour leur avenir. « Mes parents m’ont dit : “Tu es sûre de vouloir continuer ?” » Trente-cinq ans après, la famille en sourit. Sur le moment pourtant, les doutes sont nombreux. D’autant que le développement des achats en ligne vient, lui aussi, troubler le jeu.
Family business
« Il fallait réagir », plante Mireille Lamanda. Destinée à embrasser une carrière d’assureur, dans les pas de son père, celle-ci a tout quitté dans les années 90 pour travailler aux côtés de son époux. « Nous sommes allés dénicher des marques plus confidentielles, notamment en Italie », se souvient-elle. Puis, en 2007, elle décide d’étendre l’offre de Lamanda à la femme en ouvrant une nouvelle boutique, rue Port-Neuf. La formule essaime à Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hossegor…
L’entrée de Margot dans l’entreprise familiale, en 2021, marque le début d’un nouveau chapitre. L’aînée de la fratrie, diplômée d’une école de commerce, a notamment fait ses armes au sein de la plateforme de rendez-vous médicaux en ligne, Doctolib, à Paris. Son frère, Louis, diplômé d’une école d’ingénieurs, l’a rejoint en 2024. Plusieurs expériences pour des multinationales, notamment dans le domaine de la construction, l’ont convaincu que le travail en famille n’était pas une si mauvaise idée. Une façon de redonner du sens à sa vie professionnelle.
« Margot et Louis apportent un regard nouveau au métier », loue Mireille. « En plus de cela, nous savons que grâce à eux, l’aventure va continuer et nous en sommes très heureux », relève le père de famille.



