Le néomercantilisme de Trump contesté : pour un retour aux principes du libre-échange
Néomercantilisme vs libre-échange : le combat intellectuel s'intensifie

La résurgence du néomercantilisme : un défi pour les principes économiques fondamentaux

La politique néomercantiliste promue par Donald Trump trouve aujourd'hui un écho significatif parmi certains économistes contemporains, notamment Dani Rodrik, dont les travaux sont largement diffusés et traduits en français. Cette offensive, à la fois intellectuelle et politique, rend plus nécessaire que jamais la réaffirmation des principes fondamentaux du libre-échange, pilier historique des relations économiques internationales.

Les fondements moraux du libre-échange selon Bastiat

La défense du libre-échange constitue avant tout un combat moral, comme l'illustrent les écrits de l'économiste français Frédéric Bastiat il y a près de 180 ans. Dans sa justification pour la création d'une association dédiée à la liberté des échanges, Bastiat affirmait avec conviction : « L'échange est un droit naturel, comme la propriété. Tout citoyen, qui a créé ou acquis un produit, doit avoir l'option ou de l'appliquer immédiatement à son usage, ou de le céder à quiconque, sur la surface du globe, consent à lui donner en échange l'objet de ses désirs. »

Bastiat poursuivait en dénonçant les politiques protectionnistes comme une forme de spoliation légitimée, blessant la loi de la justice et violant les conditions de l'ordre social. Sa vision met en lumière comment chaque industrie, soutenue par la loi et la force publique, peut chercher ses succès dans l'oppression systématique des autres secteurs économiques.

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Les conséquences économiques désastreuses du protectionnisme

La défense du libre-échange représente également un combat économique crucial, car les conséquences du protectionnisme s'avèrent particulièrement funestes. Les barrières commerciales entravent significativement la prospérité publique et compromettent dangereusement la paix entre les nations. Une taxe douanière, conçue spécifiquement pour repousser les produits étrangers, opère comme une ponction arbitraire sur l'ensemble de la communauté au profit exclusif d'une classe particulière.

Cette situation contemporaine rapproche inquiétamment les années 2020 des années 1930, période historique durant laquelle l'idéal autarcique et le retour en force du mercantilisme avaient plongé l'économie mondiale dans une récession prolongée et profonde. En France, ce nationalisme économique trouvait alors ses défenseurs en la personne de Paul Cauwès, professeur des facultés de droit qui enseignait aux élites nationales les prétendus bienfaits de la protection et les méfaits supposés du libre-échange.

L'étranger comme opportunité plutôt que menace

Adam Smith, dans son œuvre monumentale La Richesse des Nations, développait une vision fondamentalement différente : « Ce qui est de la prudence dans la conduite de chaque famille en particulier ne peut guère être de la folie dans celle d'un grand empire. Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l'établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie. »

Contrairement à l'approche mercantiliste qui considère l'extérieur comme une menace permanente, la philosophie du commerce international conçoit l'étranger comme une opportunité d'échange mutuellement bénéfique. Smith mettait en garde contre les dangers de diriger artificiellement les capitaux vers des secteurs moins compétitifs, soulignant comment de telles interventions diminuent nécessairement la valeur du produit annuel national.

Le contre-exemple chinois et ses limites

Le succès économique apparent de la Chine pourrait factuellement donner du crédit à la réponse mercantiliste défendue par Dani Rodrik. Cependant, cette interprétation comporte des limites importantes. S'il est juste de constater que les industries chinoises subventionnées produisent d'importantes quantités de biens soutenant la croissance, cette vision reste incomplète.

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Ce que l'on ne voit pas, c'est toutes les innovations potentielles et les investissements qui n'ont jamais vu le jour à cause des subventions publiques et de la direction imposée par le Parti communiste chinois à la production économique. Les mercantilistes qui défendent la subvention de certaines industries se substituent en réalité aux consommateurs, décidant à leur place quelles productions privilégier et quelles entreprises soutenir.

Les risques du capitalisme de copinage

Les défenseurs des subventions publiques dans différents secteurs d'avenir, comme les énergies renouvelables ou certaines technologies vertes, négligent souvent un aspect crucial : lorsqu'ils louent les succès des politiques industrielles sud-coréennes de Park Chung-Hee ou chinoises de Xi Jinping, ils s'éloignent progressivement de la route de la liberté économique pour emprunter celle des régimes autoritaires.

Les analyses néomercantilistes, que l'on peut qualifier de superficielles, renforcent inévitablement les inégalités économiques. Dès lors qu'une économie n'est pas totalement fermée, se dessinent mécaniquement des secteurs exposés à la concurrence internationale et des secteurs protégés artificiellement. En fermant certains marchés ou en fixant des droits de douane discriminatoires, les États distribuent des rentes économiques arbitraires.

Ce mécanisme favorise considérablement l'activité des groupes d'intérêt et accroît les gaspillages liés à l'influence politique : certains acteurs s'enrichissent grâce aux rentes publiques, aux subventions et aux protections tarifaires, tandis que d'autres s'appauvrissent, privés des gains à l'échange et de la croissance que permet normalement le libre-échange. Apparaissent alors des inégalités fondamentalement improductives, directement liées à la proximité des entreprises avec le pouvoir politique, qui alimentent le sentiment d'injustice et la conflictualité économique.

À tous les leaders politiques tentés par cette forme moderne de mercantilisme, il convient de rappeler avec force l'éthique fondamentale du libre-échange, sa capacité à révéler les talents individuels, les risques d'inégalités face au pouvoir qu'entretiennent ces formes sophistiquées de capitalisme de copinage, et finalement l'arrogance de ceux qui prétendent pouvoir planifier l'avenir économique sans en avoir préalablement reçu connaissance.