Nicolas Gorjux : l'homme de l'ombre de Cannes s'expose à la lumière
Nicolas Gorjux : l'homme de l'ombre de Cannes s'expose

Nicolas Gorjux, premier adjoint au maire de Cannes David Lisnard et président du Palais des festivals, reçoit sans veste-cravate mais en chemise blanche au col déboutonné. Une apparence qui ne doit pas tromper : cet homme sérieux et appliqué sait aussi se détendre. Pourtant, le poids des responsabilités s'accumule sur ses épaules. Depuis son nouveau bureau, il a vécu son premier Festival de Cannes en tant que président du Palais, non pas en spectateur passif mais en « spect-acteur ».

Un premier Festival réussi

« Ça s'est très bien passé, avec un record d'accréditations (plus de 40 000, dont 16 000 professionnels au marché du film) et une édition reconnue pour sa qualité. Même si certains habitants râlent parfois, entre Cannes et ce Festival, c'est une histoire d'amour dont on peut être fier », estime-t-il. Cet homme pressé a tout de même pris le temps de voir la palme d'or Fjord, même s'il a préféré Histoires parallèles.

Le cinéma, une histoire de famille

Entre le 7e art et lui, c'est une question d'histoires. Les visages de Jean-Louis Trintignant, Monica Vitti ou Sidney Poitier sur sa page Instagram sont le miroir de souvenirs intimes. « Ça me renvoie à des films qui m'ont marqué, et qu'on regardait en famille devant la télé », confesse-t-il avec pudeur. Quant à Sean Connery en James Bond, ce n'est pas pour le smoking sur le tapis rouge, car la montée des marches « n'est pas trop son truc », même s'il se targue de les avoir gravis un jour « aux côtés » de Sharon Stone. « Avec mon père et mon frère, on avait ce débat sur le meilleur des James Bond, et j'ai décrété que ça reste Sean Connery ! »

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Un agent « plus discret que secret »

Adjoint aux finances pour un deuxième mandat, Nicolas Gorjux a le pouvoir de dépenser, mais pas de tuer le portefeuille du contribuable. Père la rigueur, il justifie : « On engage l'argent des autres et il ne faut pas dépenser ce qu'on n'a pas. » Son mantra d'élu : baisse de la dette communale sans augmenter les impôts, grâce à des investissements rentables. « À Cannes, c'est bien d'avoir aussi un peu d'austérité, c'est mieux que le bling-bling », ironise-t-il.

Davantage de fonctions que d'ambition

Pas le genre à se mettre en avant, Nicolas Gorjux est pourtant obligé de s'exposer davantage en raison de ses fonctions proches de la Croisette et de ses délégations en mairie (tourisme notamment). Au cas où David Lisnard foulerait un autre tapis... à l'Élysée ? « On a un projet tellement dense que ma seule préoccupation aujourd'hui est de pouvoir exécuter les idées pour lesquelles 80 % des Cannois nous ont réélus. Que la question puisse se poser à mon sujet me rend fier, et si je m'y prépare, c'est de façon inconsciente. Mais j'ai aussi une activité professionnelle, pas uniquement une fonction représentative d'élu, et je suis père, alors je ne vais pas y ajouter l'ambition politique. »

Avec David Lisnard, un lien indéfectible

Plus Monsieur Loyal qu'Iznogoud, Nicolas Gorjux considère David Lisnard comme la véritable star de Cannes. « C'est la seule personne qui m'a donné envie d'entrer en politique, lorsqu'il m'a demandé de le rejoindre en 2014. Sa personnalité hors-norme et sa façon d'agir m'ont complètement séduit. » Pas question de courir après le marathonien : « David va trop vite pour moi ! » Mais au fil des années, confiance et amitié se sont scellées autour d'un pacte : « Se dévouer pour servir notre ville, la rendre toujours plus belle et accueillante. »

Un Cannois amoureux de sa ville

Né il y a un demi-siècle dans l'ancienne clinique Saint-Nicolas du quartier République, sa dévotion à la cité semble prédestinée. Il a passé plus de dix ans à l'Institut Stanislas (de la maternelle au Bachelor Bac+3) et a foulé la pelouse de Coubertin pour se forger des valeurs. « J'ai été joueur de l'AS Cannes, et quand l'équipe a gagné son accession en ligue 3, avec David Lisnard en tribunes, on s'est pris dans les bras et on a chialé comme des gamins ! » se lâche-t-il. Même si « l'argentier public » se réjouit que le club prospère désormais en privé, sans subvention.

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Ultrapragmatisme et efficacité

Fan absolu de U2 (une vingtaine de concerts à son compteur), il n'a pas osé aborder Bono lors de leurs rencontres au Cannes Lions ou au Festival du film. Mais il entend œuvrer en coulisses avec « ultrapragmatisme et efficacité ». Sur son Instagram, la figure malicieuse du P'tit Nicolas rappelle Goscinny. « Cannes, la meilleure destination au monde, mais rien n'est acquis ! »

À la tête de la SEMEC

Récemment élu à la présidence de la SEMEC (Société d'Économie Mixte qui gère le Palais), Nicolas Gorjux se donne trois missions :

  • Préserver le bilan économique de ce poumon cannois, qui affiche un chiffre d'affaires record de 55 millions d'euros en 2025. « Ce sera difficile à battre, alors que nous avons déjà 340 jours d'occupation et qu'il y a une forte concurrence sur le tourisme d'affaires. Certes nous avons reçu l'Award de la meilleure destination au monde, mais rien n'est acquis ! »
  • Atteindre, voire dépasser nos ambitions environnementales, avec notamment l'arrivée de la thalassothermie et des panneaux solaires sur le toit. « Il faut aller plus loin car je suis persuadé que le tourisme de demain va se jouer sur l'écodurabilité, c'est une question d'image. »
  • Renforcer notre hospitalité, c'est-à-dire faire preuve de générosité, de bienveillance et de cordialité envers le visiteur. À cet égard, Nicolas Gorjux a eu des réunions avec les socioprofessionnels du tourisme, notamment sur la politique tarifaire des établissements cannois (restaurants et hôtels). « Nous sommes tous sur le même bateau, et malgré les contraintes d'une entreprise, il faut rester équitable et responsable. »