Les pourparlers de haut niveau entre les États-Unis et l'Iran débutent ce dimanche matin dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, à Bürgenstock, surplombant le lac de Lucerne. Ces discussions, centrées sur le programme nucléaire iranien et la recherche d'une paix durable au Moyen-Orient, interviennent quatre jours après la signature d'un protocole d'accord déjà mis à mal par la poursuite des hostilités au Liban et de nouvelles tensions dans le détroit d'Ormuz.
La diplomatie suisse a confirmé l'arrivée des délégations : la délégation américaine est dirigée par le vice-président JD Vance, tandis que la délégation iranienne est menée par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf. Les pays médiateurs, le Pakistan et le Qatar, sont également présents. Selon la télévision d'État iranienne, la délégation iranienne comprend aussi le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati.
Des pourparlers de 60 jours renouvelables
Ces négociations sont prévues pour une durée renouvelable de 60 jours. JD Vance a déclaré à la presse samedi soir que les discussions devraient durer « quelques jours », mais qu'il ne pourrait rester en Suisse « qu'un jour ou deux ». Il a précisé : « J'espère qu'on va faire des progrès sur la question nucléaire et sur la question du cessez-le-feu au Liban. Ce sont les deux points principaux sur lesquels je pense que nous allons nous concentrer. » L'émissaire Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, se trouvent également en Suisse, selon JD Vance.
Les pourparlers visent à conclure un accord final pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, déclenché par des frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février. Ce conflit a causé des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et a ébranlé l'économie mondiale.
Combats persistants au Liban
Avant même le début des négociations, les obstacles se sont accumulés. Malgré une clause de l'accord-cadre prévoyant la fin des hostilités sur tous les fronts, les combats se poursuivent au Liban. Des frappes israéliennes ont fait au moins 30 morts samedi dans l'est et le sud du Liban, avant une accalmie constatée par un correspondant de l'AFP en fin de journée, lorsque l'armée israélienne a reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah pro-iranien.
Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre en tirant des roquettes sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, tué au début du conflit. Depuis, les opérations israéliennes au Liban ont fait 4 057 morts, selon le dernier bilan samedi du ministère libanais de la Santé. L'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été tué samedi dans le sud du Liban, portant à 36 le nombre de ses pertes depuis le début du conflit. Elle a précisé que ses troupes ne mèneraient « pas de frappes proactives », mais qu'elles opéreraient « de manière défensive » dans la bande territoriale du sud du Liban occupée par Israël.
Le protocole d'accord « en danger »
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a prévenu samedi les États-Unis que le protocole d'accord serait « en danger » si ses clauses n'étaient pas appliquées rapidement, en référence à la situation au Liban. Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaei, a appelé à la prudence face à tout « optimisme », affirmant sur X que « l'ennemi a montré qu'il ne tenait pas ses promesses ».
Avant son départ pour la Suisse, le vice-président américain JD Vance a assuré que la situation « s'améliore » au Liban. Il a déclaré : « Le gros problème, c'est que vous allez avoir quelqu'un qui va commencer à tirer et ensuite quelqu'un va répondre, et donc vous avez en quelque sorte ce problème de l'œuf et de la poule où il faut réussir à arrêter les tirs suffisamment longtemps pour que le cessez-le-feu tienne, c'est ce qu'on essaie de faire. »
Fermeture du détroit d'Ormuz
Après les nouveaux affrontements au Liban, le commandement central de l'armée iranienne a annoncé que « le détroit d'Ormuz serait fermé au trafic maritime », une « première mesure en réponse à la violation des engagements par l'ennemi ». Il a menacé « d'autres mesures » si nécessaire « pour contraindre l'ennemi à respecter ses obligations ». La réouverture du détroit constituait l'un des points clés du protocole d'accord américano-iranien. L'Iran avait verrouillé cette voie maritime stratégique au début de la guerre, par laquelle transitaient auparavant environ 20 % des hydrocarbures mondiaux, provoquant une flambée des cours du pétrole.
En réponse, le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué que ses forces demeuraient « vigilantes ». Selon lui, 55 navires marchands ont franchi le détroit de manière sûre samedi. Téhéran a également évoqué la possible mise en place de « frais » de service maritime pour les navires voulant y transiter. Le président américain Donald Trump a lui aussi menacé d'appliquer un péage dans le détroit en cas d'échec des discussions avec l'Iran.



