Méthode Notre-Dame : 150 projets industriels accélérés, la Nouvelle-Aquitaine en pointe
Méthode Notre-Dame : 150 projets accélérés, la Nouvelle-Aquitaine en tête

Le 22 avril 2026, Emmanuel Macron s'est rendu à Échassières, dans l'Allier, pour inaugurer la mine de lithium d'Imerys et annoncer l'accélération de 150 projets industriels jugés stratégiques pour la souveraineté et la transition écologique via « la méthode Notre-Dame de Paris », soit une organisation resserrée et des délais contraints. Parmi ces projets, quatre sont néo-aquitains : EMME (33), Verso Energy (40), Elyse Energy, E-CHO, et Carester Caremag (64).

Dispositif PINM : accélérer sans forcer ?

Cette ambition est portée par un outil juridique : les Projets d'intérêt national majeur (PINM), nés de la loi Industrie verte en octobre 2023. Ils bénéficient de procédures accélérées, notamment en matière d'urbanisme et d'autorisation environnementale. Concrètement, les délais d'instruction, qui atteignaient parfois dix-huit mois (contre douze en Allemagne), ont été réduits de moitié. Un décret d'avril 2026 unifie également le traitement des contentieux autour d'une cour administrative d'appel unique, économisant, selon l'Élysée, jusqu'à un an de recours.

Même accélérée, la procédure n'est pas censée freiner le débat public ou empêcher l'émergence d'une contestation. Pourtant, certains opposants aux projets en question, portés pour moitié par des PME et des ETI et qui représentent la promesse de 30 000 emplois sur l'ensemble du territoire, y voient une menace sur ce plan.

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La Nouvelle-Aquitaine en pointe

La Nouvelle-Aquitaine figure en bonne place dans ce dispositif. Avec 4,3 milliards d'euros investis et 60 projets recensés en 2025, la région, sous l'impulsion du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, est devenue le nouveau moteur de l'industrie verte française, concentrant 21 % des volumes d'investissements nationaux.

Illustration à une dizaine de kilomètres au nord de Bordeaux où pourrait s'élever d'ici à 2028, EMME (Electro mobility materials Europe). Ce pôle de fabrication de nickel et de cobalt de qualité batterie, accompagné d'un laboratoire en sciences des matériaux et génie des procédés, est un projet contesté. Il est porté, depuis 2021, par la société suisse KL1 AG, représente un investissement de 530 millions d'euros et dispose du statut PINM depuis septembre 2025.

E-CHO, Verso Energy, Caremag : carburants « verts » et terres rares

Sur le bassin de Lacq, Elyse Energy développe deux projets : E-CHO, pour produire e-méthanol et carburants d'aviation durables, et BioTJet, dédié au biokérosène, en réponse aux exigences européennes. L'investissement total approche les 2 milliards d'euros. De son côté, Verso Energy implante deux usines en Nouvelle-Aquitaine. À Tartas (40), le projet ReSTart produira du carburant de synthèse à partir de CO₂ capté, avec une mise en service prévue en 2030. À Saillat-sur-Vienne (87), un second site produira hydrogène et méthanol pour 300 emplois. Ensemble, ces deux projets représentent 1,4 milliard d'euros d'investissement.

À quelques kilomètres seulement des futurs chantiers d'Elyse Energy, un autre projet stratégique est déjà en construction : l'usine Caremag, portée par la société lyonnaise Carester. Sa première pierre a été posée en mars 2025. Doté d'un budget de 216 millions d'euros, il vise à recycler et produire des terres rares, matériaux clés des aimants permanents utilisés dans les moteurs de véhicules électriques et les générateurs d'éoliennes. Il doit faire de Caremag le premier recycleur européen de terres rares et le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées via un procédé qui réduirait de 60 % les émissions de CO₂ et de 98 % la consommation d'eau. Et 92 emplois directs sont à la clé. Le projet est soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine et TotalEnergies.

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Ambitieux mais sous tension

Ce tableau enthousiasmant sur le plan industriel et social ne doit pas occulter les débats environnementaux que ces projets suscitent sur les territoires. Pour EMME, des associations environnementales ont contesté l'implantation en zone proche de la Garonne, un site classé Seveso seuil haut. Pour E-CHO à Lacq, les questions portent sur les prélèvements en biomasse forestière. L'association Forêt Bien Commun et le collectif Forêts vivantes assurent que la concertation a été interrompue unilatéralement par Elyse Energy « en raison d'une forte opposition des communes et intercommunalités du territoire sur le projet qui n'engendrera aucune économie de carbone au regard de l'augmentation du trafic aérien. Elle détruira durablement la forêt juste pour verdir l'aérien et donner bonne conscience aux voyageurs ».

La direction d'Elyse Energy se défend : « La concertation préalable puis continue, soit 33 réunions publiques, 1 000 personnes rencontrées, 9 000 visiteurs sur le site web de concertation, dure depuis trois ans. Elle va se poursuivre jusqu'au démarrage de l'enquête publique qui démarrera fin 2026 », assure la direction. Le temps du débat ne semble pas totalement sacrifié sur l'autel de la méthode Notre-Dame.