Le groupe franco-allemand de défense KNDS (Krauss-Maffei Wegmann et Nexter) a dévoilé les modalités de son introduction en Bourse, prévue pour le 10 juillet 2026. L'opération, qui valorise l'entreprise entre 4,5 et 5,5 milliards d'euros, vise à lever environ 1,2 milliard d'euros. Les actions seront cotées simultanément à Paris et à Francfort, avec une parité de 50 % entre les deux places.
Un actionnariat équilibré entre les deux pays
L'État français détiendra une action spécifique (golden share) lui permettant de bloquer toute décision stratégique contraire aux intérêts nationaux, comme le transfert de technologies sensibles ou un changement de contrôle. De son côté, l'État allemand conservera une minorité de blocage via un pacte d'actionnaires. Selon le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu : « Cette introduction en Bourse garantit la souveraineté de nos deux pays tout en permettant à KNDS de financer son développement. »
Le flottant représentera 25 % du capital. Les actionnaires historiques, les familles allemandes Bode et Rüstung, ainsi que l'État français via Nexter, resteront majoritaires. La BPI (Banque publique d'investissement) conservera 35 % du capital français, tandis que les familles allemandes détiendront 40 % du capital allemand.
Un calendrier serré pour une opération complexe
L'introduction en Bourse se fera via une augmentation de capital réservée aux investisseurs institutionnels, suivie d'une cession secondaire d'actions par les actionnaires existants. Le prix définitif sera fixé le 9 juillet. KNDS prévoit d'utiliser les fonds levés pour financer la recherche sur le char du futur (MGCS) et le système d'artillerie du futur.
Cette opération est la première introduction en Bourse d'un groupe franco-allemand de défense. Elle intervient dans un contexte de hausse des budgets militaires en Europe, avec une augmentation de 15 % des dépenses de défense allemandes et de 12 % des dépenses françaises en 2025.
Des enjeux industriels et politiques
L'équilibre entre les deux pays a nécessité des mois de négociations. La France souhaitait une cotation unique à Paris, tandis que l'Allemagne exigeait Francfort. Le compromis final prévoit une double cotation avec un conseil d'administration paritaire : 6 membres français et 6 allemands, avec un président français (Nicolas Chamussy, actuel PDG de Nexter) et un vice-président allemand (Frank Haun, ex-PDG de KMW).
Selon une source proche du dossier, « chaque décision majeure nécessitera une double majorité, ce qui pourrait ralentir les prises de décision mais garantit l'équilibre ». Les analystes financiers restent prudents : « La valorisation de KNDS est inférieure à celle de concurrents comme Rheinmetall ou Thales, mais le potentiel de croissance est réel grâce aux commandes européennes », commente un analyste de Kepler Cheuvreux.



