Michel-Édouard Leclerc et le paradoxe français de l'inflation sous-estimée
Leclerc, inflation et le paradoxe du pouvoir d'achat français

Le génie médiatique de Michel-Édouard Leclerc face au paradoxe inflationniste

On ne peut que saluer l'habileté exceptionnelle de Michel-Édouard Leclerc à manier les médias et à se positionner en défenseur de l'intérêt général pour promouvoir son enseigne. Le président des centres E.Leclerc affirme aujourd'hui « ne rien exclure pour la présidentielle », une ambition nourrie par des sondages montrant que son image de « Monsieur Prix bas » continue de séduire une population française pour qui le pouvoir d'achat demeure la préoccupation numéro un.

Une réalité économique bien plus favorable que le ressenti

Les Français ont pourtant beaucoup moins souffert de l'inflation ces dernières années que leurs voisins européens. Après avoir atteint un pic annuel de 6,3% en février 2023, l'inflation est retombée à seulement 0,3% en janvier 2026, son niveau le plus bas depuis fin 2020. Cette performance remarquable s'explique principalement par la mise en place de boucliers tarifaires lors de la crise énergétique, mesures coûteuses pour les finances publiques mais qui ont efficacement contenu l'envolée des prix à la consommation.

Contrairement à l'Allemagne où les aides gouvernementales sous forme de chèques n'ont pas impacté le niveau d'inflation, la stratégie française a produit des résultats tangibles. Conséquence directe de cette inflation moindre et de hausses salariales plus modérées qu'ailleurs, la France a enregistré d'importants gains de compétitivité. Les économistes de Rexecode ont calculé que les coûts salariaux n'y ont progressé que de 17% entre 2019 et 2025, soit 10 points de moins que la moyenne de la zone euro.

Des facteurs externes bénéfiques mais méconnus

Les Français devraient également remercier des acteurs internationaux :

  • Donald Trump dont la politique économique a entraîné une baisse du dollar et des cours du pétrole, allégeant substantiellement les budgets carburant
  • Les Chinois dont l'offensive commerciale en Europe tire les prix vers le bas comme jamais auparavant

Clouée au pilori par la classe politique, la plateforme Shein reste paradoxalement le meilleur ami du pouvoir d'achat des Français, particulièrement des plus modestes.

Pourquoi le discours sur l'inflation reste électoralement porteur

Si Michel-Édouard Leclerc nourrit des ambitions présidentielles, il peut se rassurer : son fonds de commerce électoral est loin d'être épuisé. Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe :

  1. Le caractère exceptionnel du recul de janvier 2026 : lié à des facteurs techniques comme un plus grand nombre de jours de soldes, cet indicateur devrait remonter modérément dans les mois suivants, la Banque de France prévoyant une hausse de 1,3% pour l'ensemble de l'année.
  2. Le traumatisme durable de l'inflation : les études américaines montrent qu'il faut au moins deux ans pour que les citoyens commencent à prendre conscience qu'un épisode inflationniste a pris fin. Les Français gardent longtemps le souvenir des étiquettes « d'avant » et confondent souvent déflation (recul des prix) et désinflation (ralentissement de leur hausse).
  3. Une surestimation chronique : les Français ont depuis longtemps tendance à surestimer l'inflation réelle, phénomène amplifié depuis la création de l'euro. En mars 2024, selon Odoxa, ils l'évaluaient à 13%, soit cinq fois plus que le niveau mesuré par l'Insee.

Ce biais haussier se trouve renforcé par les accusations démagogiques de manipulation politique de l'indice officiel, venant aussi bien du Rassemblement National que de la CGT. Le populisme inflationniste, qui trouve un terrain fertile dans ce décalage entre réalité économique et perception publique, a encore de beaux jours devant lui, offrant un terreau idéal aux ambitions politiques de ceux qui savent en jouer.